
L’International Budget Partnership (IBP) a officiellement lancé ce 22 juillet son bureau régional pour l’Afrique francophone, basé à Dakar. La nouvelle plateforme accompagnera onze pays, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le Togo, dans leurs réformes de transparence budgétaire, de participation citoyenne et de redevabilité des finances publiques.
L’annonce s’est accompagnée d’un webinaire de haut niveau réunissant ministres, bailleurs, institutions régionales et société civile, autour d’un même constat. Dans un contexte de dette publique croissante, de recul de l’aide internationale et de pression climatique sur les budgets nationaux, la qualité de la gouvernance budgétaire devient, selon les intervenants, une condition de plus en plus déterminante pour que les investissements publics profitent réellement aux populations.
Un ancrage francophone assumé
Pour Maleine Amadou Niang, directeur régional d’IBP Afrique Francophone, le choix de bâtir une plateforme propre à l’espace francophone n’a rien d’un découpage administratif arbitraire. Le bureau aurait pu suivre une logique purement géographique et couvrir l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble, ou reproduire le modèle d’autres antennes existantes, au Nigeria, en Afrique du Sud ou en Indonésie. IBP a préféré s’appuyer sur ce qui rapproche déjà ces onze pays, une communauté linguistique, des cadres d’intégration partagés comme l’UEMOA et la CEMAC, et des défis de gouvernance budgétaire largement similaires.
Le directeur régional insiste sur une exigence de proximité. Le développement, rappelle-t-il, se joue dans les territoires, et les administrations ne peuvent construire des réformes pertinentes sans être proches des attentes concrètes des citoyens. Il présente le nouveau bureau moins comme un point de départ que comme la reconnaissance d’un travail entamé depuis 2018 à travers le Réseau Afrique francophone, désormais élargi et structuré autour d’un ancrage régional.
Le Bénin en exemple
Invité à intervenir aux côtés des partenaires internationaux, le ministre béninois délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, Rodrigue Chaou, a salué une initiative qu’il juge structurante pour toute la région. Il a rappelé la progression de son pays dans l’Enquête sur le budget ouvert, passé de 1 à 77 points de transparence entre 2012 et 2025, une trajectoire qu’il attribue non pas à un homme ou à un gouvernement mais à un choix stratégique porté dans la durée par plusieurs administrations successives. Il évoque une continuité des équipes, des réformes et du portage politique, qu’il dit avoir voulu préserver en passant d’une responsabilité technique à une responsabilité ministérielle.
Le ministre a également souligné que les pays francophones partagent un cadre harmonisé, celui des directives de convergence budgétaire de l’UEMOA, ainsi que des cultures administratives proches et des difficultés communes de mobilisation des ressources. Pour lui, un bureau régional capable de faire circuler les bonnes pratiques entre pays voisins peut combler un déficit réel, celui de la capitalisation des expériences, qui empêche aujourd’hui plusieurs administrations d’avancer au même rythme.
Des progrès inégaux selon l’Enquête sur le budget ouvert
Les données présentées lors du lancement, issues de la dernière édition de l’Enquête sur le budget ouvert, confirment des dynamiques contrastées à l’échelle régionale. Outre le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et Madagascar enregistrent des progrès notables en matière de transparence budgétaire. Mais les marges de progression restent importantes ailleurs. Seuls 15 % des pays évalués en Afrique subsaharienne publient des informations minimales sur leurs dépenses fiscales, et 12 % seulement fournissent des données satisfaisantes sur la composition prévisionnelle de leur dette. Parmi les pays francophones inclus dans le volet pilote de l’enquête consacré à la dette, seul le Bénin publie un plan d’emprunt aligné sur son budget, et aucun des onze pays suivis par le nouveau bureau ne publie d’audit annuel de sa dette.
La directrice exécutive d’IBP, Ana Patricia Muñoz, a replacé ces chiffres dans une perspective plus large. Elle a rappelé qu’en 2025, trois millions de personnes au Sénégal ont bénéficié d’un meilleur accès aux services d’assainissement, de résilience climatique et de santé grâce à ce travail de collaboration budgétaire, avant d’insister sur l’intérêt d’un échange renforcé entre pays voisins pour reproduire ce qui fonctionne déjà ailleurs dans la région.
Financer la confiance et la justice sociale
Du côté des partenaires techniques et financiers, Ousseynou Ngom, chargé de programme à la Fondation Hewlett, a resitué l’enjeu budgétaire au delà des chiffres et des procédures. Selon lui, la gouvernance budgétaire touche à une question de confiance, d’équité et, in fine, de justice sociale, puisque chaque choix budgétaire détermine concrètement les écoles construites, les centres de santé équipés ou les routes reliant des communautés isolées. Il a salué la capacité d’IBP à relier l’expertise technique aux réalités locales, en travaillant aussi bien avec les parlements et les institutions de contrôle qu’avec les organisations de femmes, les mouvements de jeunes ou les personnes en situation de handicap.
Marc Buchmann, chef de coopération à la délégation de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, a de son côté confirmé l’engagement de l’UE aux côtés d’IBP en faveur d’une plus grande transparence des finances publiques et d’un renforcement du dialogue entre institutions et société civile. Il a évoqué des perspectives de coopération élargie entre l’Union européenne en Afrique de l’Ouest et le nouveau bureau régional, notamment par le partage de bonnes pratiques et le développement d’outils favorisant la participation citoyenne.
Une étape plutôt qu’un aboutissement
Les intervenants se sont accordés sur un point, celui de ne pas présenter ce lancement comme une consécration mais comme une étape dans un travail de long terme. Maleine Amadou Niang a résumé cette ambition en rappelant que la réussite du bureau reflète des années de travail, des décisions courageuses et des défis relevés, plus qu’une simple volonté institutionnelle. Reste à voir si cet ancrage régional permettra effectivement d’accélérer des réformes que la dernière Enquête sur le budget ouvert présente encore, pour la majorité des pays concernés, comme largement inachevées.
