
Si la cybercriminalité était un pays, ce serait la troisième économie mondiale, derrière les États-Unis et la Chine. Face à cette manne volée, les moyens déployés pour s’en protéger restent vingt fois inférieurs. La Côte d’Ivoire, elle, voit ses propres chiffres grimper d’année en année.
Une guerre où le défenseur est structurellement perdant
Selon les projections du cabinet Cybersecurity Ventures, les pertes mondiales liées à la cybercriminalité ont atteint 10 500 milliards de dollars en 2025, contre 3 000 milliards à peine dix ans plus tôt, en 2015. En face, les dépenses mondiales prévues en cybersécurité pour 2026 sont estimées à 522 milliards de dollars. L’écart donne le vertige, pour chaque dollar dépensé à se protéger, l’économie mondiale en perd environ vingt en dommages.
Ce que la Côte d’Ivoire ajoute à ce tableau
Le décalage se retrouve à l’échelle nationale. Selon le rapport 2024 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, la plateforme ivoirienne de lutte contre la cybercriminalité a enregistré 12 100 affaires en 2024, contre 8 132 en 2023, soit une hausse de près de 49 % en un an. Le préjudice financier associé est estimé à près de 7 milliards de FCFA sur la seule année 2024. Fraudes aux paiements, usurpation d’identité, atteintes aux systèmes d’information et compromission de données figurent parmi les cas les plus fréquemment recensés.
Un continent particulièrement exposé
À l’échelle du continent, l’Afrique a enregistré près de 3 milliards de dollars de pertes cumulées entre 2019 et 2025 selon Interpol, un chiffre à mettre en regard des quelque 500 millions d’internautes que compte désormais le continent, et d’une économie numérique dont le potentiel est évalué à 712 milliards de dollars d’ici 2050. La confiance numérique devient ainsi, selon les organisateurs du principal rendez-vous africain sur le sujet, une condition presque aussi déterminante que les infrastructures elles-mêmes pour attirer des investissements sur le continent.
Le rendez-vous de Cotonou, avec un lien ivoirien assumé
C’est dans ce contexte que se tiendra, les 16 et 17 novembre 2026, la sixième édition du Cyber Africa Forum, à Cotonou, pour la deuxième année consécutive après quatre éditions organisées à Abidjan. Plus de 1 500 participants sont attendus, ministres, dirigeants d’entreprises, investisseurs et experts internationaux, autour du thème « Construire la confiance numérique de demain ». La Côte d’Ivoire y conserve une place de choix, le ministre ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation, Ibrahim Kalil Konaté, avait fait partie des responsables publics présents lors de l’édition 2025.
Une course qui ne fait que commencer
Entre un préjudice mondial qui a triplé en dix ans et des affaires ivoiriennes en hausse de moitié sur la seule année 2024, la tendance de fond reste la même partout, la cybercriminalité progresse plus vite que les moyens déployés pour la contenir. Le rendez-vous de Cotonou n’y changera rien du jour au lendemain, mais il donnera une idée assez précise de la manière dont les États africains comptent combler, ou non, cet écart qui continue de se creuser.
