Gabon : huit provinces sur neuf ne pèsent plus que 38% de la population

Gabonais

Le Gabon compte officiellement 3 518 621 habitants. La Cour constitutionnelle vient d’homologuer le 27 août 2026 ce chiffre au terme du «Recensement général de la population et du logement», treize ans après le précédent comptage. Mais le vrai basculement ne tient pas dans ce total, il tient dans la façon dont il s’est réparti entre les provinces.

Un pays qui a presque doublé, sauf que non

En 2013, le Gabon comptait 1 811 079 habitants. Le chiffre homologué ce 27 août représente donc une hausse de 94% en treize ans, un rythme qui donnerait presque l’impression que le pays a doublé sa population en une génération. La lecture province par province change complètement l’histoire. L’Estuaire, qui abrite Libreville, concentre à elle seule 2 184 908 habitants, soit 62% du total national. Les huit autres provinces réunies, du Haut-Ogooué à la Nyanga, ne pèsent donc plus que 38% du pays, contre un peu plus de la moitié treize ans plus tôt.

Le vrai chiffre, c’est le rythme, pas le total

Entre 1993 et 2013, la population nationale progressait d’environ 2,9% par an, dont 2,5 points liés à la natalité et seulement 0,4 point à la migration nette. En reprenant ce calcul avec les chiffres homologués ce 27 août, le rythme national grimpe à environ 5,2% par an sur 2013-2026, soit presque deux fois plus rapide. Cette accélération n’est pourtant pas partagée. L’Estuaire, qui comptait 895 689 habitants en 2013, a crû d’environ 7,1% par an jusqu’en 2026. Les huit autres provinces, elles, ont continué sur un rythme proche de 2,9% par an, quasiment identique à la moyenne historique. Autrement dit, la quasi totalité de l’accélération démographique du Gabon depuis 2013 a été absorbée par une seule province.

Cette concentration colle à une observation glissée par le gouvernement lui-même dès la publication des résultats provisoires, celle d’une forte attractivité du pays pour une population étrangère de plus en plus nombreuse. Dans l’Estuaire, les données homologuées comptent 1 125 301 hommes pour 1 059 607 femmes, un déséquilibre qui n’existait pas à l’échelle nationale en 2013, où les femmes étaient alors majoritaires. Une telle proportion d’hommes évoque davantage une migration de travail vers la capitale économique qu’un simple effet de natalité.

Ce que ces chiffres vont redessiner

Le gouvernement l’a annoncé lui-même, ces données serviront à mettre à jour le «fichier des Gabonais économiquement faibles» ainsi qu’à repenser le découpage des circonscriptions électorales avant les prochains scrutins. Or avec 62% de la population désormais logée dans une seule province, la question du poids politique et budgétaire attribué à chaque territoire devient nettement plus sensible qu’en 2013. Elle arrive aussi à un moment particulier, celui du lancement du «Fonds national de péréquation», censé financer 135 collectivités locales à hauteur de 10% des ressources propres de l’État pour réduire les inégalités entre territoires. Sur le terrain, plusieurs conseils départementaux accusent déjà des retards de paiement de salaires faute de budgets notifiés à temps, signe que la mécanique de répartition reste fragile avant même d’intégrer une carte démographique aussi déséquilibrée.

Une photo nette, une carte encore à refaire

Le Gabon dispose désormais d’un chiffre solide et vérifié sur ce qu’il est devenu en treize ans. Reste à transformer cette photographie en décisions concrètes, sur les sièges, sur les budgets et sur les routes qui manquent encore pour relier l’arrière-pays à une capitale qui, elle, continue de grossir plus vite que jamais.

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