
Le 17 septembre 2026, le tribunal de Diourbel a rendu son verdict contre deux TikTokeurs poursuivis pour diffamation, l’un condamné à de la prison, l’autre relaxé. La même semaine, des responsables politiques de la majorité ont porté plainte devant la division spéciale de cybersécurité pour diffamation et fausses nouvelles. Une loi créant un régulateur des médias numériques existe pourtant au Sénégal depuis avril, mais elle reste, cinq mois plus tard, sans autorité capable de l’appliquer.
Une nouvelle affaire, un scénario déjà connu
Oumar Café Diagne, alias «Oumar Wass», et Serigne Saliou Mbaye, dit «Khelcom», avaient été déférés par la brigade de recherches de Touba après la visite d’une personnalité religieuse dans la ville, pour diffamation et outrage à un ministre du culte. Jugés en flagrant délit, Oumar Wass a été relaxé tandis que Khelcom écope d’un an de prison dont un mois ferme et d’une amende de 50 000 francs CFA. Au même moment, des cadres du pouvoir ont saisi de leur côté la division spéciale de cybersécurité pour des faits similaires de diffamation visés sur les réseaux sociaux.
Un mois d’août qui suivait déjà le même schéma
Ce type de dossier n’a rien d’isolé. Un mois plus tôt, le 7 août 2026, trois influenceurs proches de l’ancien parti présidentiel avaient été condamnés à de la prison ferme pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs, après la diffusion d’une vidéo TikTok devenue virale. Dans chacun de ces dossiers, c’est la même mécanique qui s’enclenche, une plainte, un mandat de dépôt, un jugement en flagrant délit, sans qu’aucune de ces procédures ne s’appuie sur un texte pensé spécifiquement pour les créateurs de contenu.
La loi existe, l’autorité chargée de l’appliquer non
Le Sénégal a pourtant promulgué en avril 2026 une loi créant un Conseil national de régulation des médias, dont le champ d’application couvre explicitement les plateformes numériques et leurs créateurs de contenu. Quatre mois après sa promulgation, ce nouveau régulateur n’était toujours pas installé, faute de nomination de ses douze membres, laissant l’ancien Conseil national de régulation de l’audiovisuel, conçu en 2006 pour la radio et la télévision, gérer la transition. Le pays dispose donc, sur le papier, d’un cadre taillé pour cette économie de l’attention, mais aucune structure opérationnelle pour l’actionner.
Le droit pénal ordinaire comble le vide en attendant
Faute d’une autorité de régulation en état de marche, ce sont les qualifications pénales classiques, diffamation, outrage, offense au chef de l’État, qui continuent de servir de réponse par défaut face aux dérapages sur les réseaux sociaux, avec le mandat de dépôt comme outil le plus visible. Reste à savoir si l’installation, une fois actée, du nouveau régulateur changera concrètement la manière dont ces affaires sont traitées, ou si la voie judiciaire classique restera, par habitude, le réflexe numéro un.
