
Plusieurs ministres ont passé en revue avec des représentants de Meta, à Abidjan, les résultats de tests de monétisation menés à la demande de l’État, que la ministre de la Culture, Françoise Remarck, juge concluants. Le lancement n’est pas encore daté, mais les échanges portent désormais sur les règles d’accès, alors que les créateurs ivoiriens cumulent des millions de vues sans accès officiel aux revenus directs des plateformes.
Ce qui s’est joué le 1er octobre
La séance s’est tenue le 1er octobre 2026 au cabinet de Kalil Ibrahim Konaté, ministre du Commerce, avec notamment Djibril Ouattara, chargé de la Transition numérique, et Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie. Les ministres y ont examiné les résultats d’essais techniques conduits depuis plusieurs mois par Meta, dans le but d’ouvrir aux créateurs locaux des revenus directs. À l’issue de la rencontre, la ministre a estimé que « les nouvelles sont bonnes » pour la monétisation des contenus numériques. Mais aucune date définitive n’est annoncée, les modalités d’éligibilité restant à finaliser avant l’ouverture officielle.
Des millions de vues, peu de revenus directs
Facebook compte une audience estimée à 8,4 millions d’utilisateurs en Côte d’Ivoire fin octobre 2025, soit 1,55 million de plus en un an. Pourtant, l’économie de l’influence repose sur les contrats d’égérie et les partenariats avec les marques plutôt que sur les plateformes, un constat qui a relancé le débat fin octobre 2025 après un échange viral entre le Nigérian Peller, en visite à Abidjan, et l’Ivoirien Rash Makosso. Des activations isolées ont certes été signalées en 2025 via les invitations de la version bêta du programme de Meta, y compris dans des pays jugés non éligibles dont la Côte d’Ivoire, mais sans ouverture officielle du pays.
Sur YouTube, la Côte d’Ivoire est absente de la liste des pays éligibles au programme partenaire, où figurent pourtant le Ghana, le Nigeria et le Sénégal. Le 16 septembre 2026, le rappeur Himra a demandé publiquement son ouverture, le jour même où ses titres occupaient 23 des 30 premières places du classement Apple Music Côte d’Ivoire. À cette date, la documentation de YouTube ne mentionnait aucun calendrier d’ouverture.
Pourquoi l’État est en première ligne
Le dossier a été porté par les autorités. En mai 2025, la ministre de la Culture annonçait vouloir rencontrer YouTube et les autres plateformes pour leur signifier qu’elles ne pouvaient plus exploiter gratuitement les œuvres des créateurs ivoiriens. Le 2 février 2026, elle ouvrait avec la HACA, alors présidée par René Bourgoin, des discussions sur la monétisation effective des contenus culturels et sur la création d’une task force interministérielle. Cette équipe réunit aujourd’hui la Communication, le Commerce, la Transition numérique et la Culture, et l’initiative s’inscrit dans le pilier 3 du Plan national de développement 2026-2030, qui vise à réduire l’économie informelle et à créer des emplois durables.
Ce que Meta verse ailleurs, et ce que le pays en attend
Meta affirme avoir versé près de 3 milliards de dollars (environ 1 740 milliards FCFA) aux créateurs de Facebook en 2025, soit 35 % de plus qu’en 2024. Côté ivoirien, une étude présentée début septembre 2026 par Meta et le cabinet Public First projette une économie numérique qui passerait de 3,4 milliards de dollars (environ 1 970 milliards FCFA) à 6,4 milliards (environ 3 710 milliards FCFA) d’ici 2035. Il s’agit de projections établies avec Meta, à lire comme des ordres de grandeur.
Les quatre inconnues qui décideront de la portée
Quatre points détermineront ce que ce programme changera concrètement. Les conditions d’éligibilité d’abord, qui fixeront qui peut entrer dans le dispositif. Les contenus concernés ensuite, vidéos, Reels, photos, textes ou stories, rémunérés en totalité ou en partie. Les mécanismes de paiement aussi, qui diront par quel canal l’argent parviendra aux créateurs. La date d’entrée en vigueur enfin, que ni le gouvernement ni Meta n’ont encore communiquée. Le périmètre compte également, car Facebook et Instagram servent déjà de vitrine à des artistes, des médias en ligne, des entrepreneurs et de petites entreprises, pas seulement à des influenceurs.
Après Meta, la question YouTube
Reste à savoir si les discussions engagées avec Meta seront suivies d’initiatives comparables auprès de YouTube, de TikTok et d’autres plateformes. Pour des créateurs qui vivent aujourd’hui surtout des marques, être rémunérés directement à l’audience constituerait un changement de modèle, dont la portée dépendra des règles d’accès que le gouvernement et Meta s’apprêtent à arrêter.
