Côte d’Ivoire : d’où viennent les vêtements de friperie ?

Friperie

Avant d’arriver sur un étal d’Adjamé ou de Treichville, un vêtement de friperie a le plus souvent été déposé dans une borne de collecte en Europe, puis trié, pressé en balle et expédié. Entre la France et le grossiste, le prix de la tonne est multiplié par huit, et dans les pays importateurs, entre 10 et 40 % des volumes expédiés ne se revendent pas.

De la borne de don à l’étal

Les vêtements déposés dans une borne de collecte en France sont triés. Seuls 10 % de ceux jugés réutilisables restent en France ou en Europe, c’est la « crème », et 90 % sont exportés, l’Afrique étant, directement ou indirectement, la première destination. En 2024, la France a ainsi expédié environ 113 000 tonnes de textiles usagés dans le monde, dont 63 000 vers l’Afrique. En Côte d’Ivoire, ces balles passent par des importateurs puis des grossistes avant d’atteindre les marchés d’Abidjan.

Un prix multiplié par huit

Au départ de France, une tonne de textiles triés vaut environ 500 euros (environ 328 000 FCFA). Revendue en balles de 50 kilos à 200 euros pièce (environ 131 200 FCFA), la même tonne rapporte 4 000 euros (environ 2,6 millions FCFA), soit huit fois plus. Transport et droits de douane retirés, une mission d’inspection du gouvernement français estime qu’une marge confortable reste aux importateurs et aux grossistes. Les trieurs européens, eux, tirent près de 55 % de leurs revenus des exportations hors Union européenne, ce qui les rend très dépendants de ce marché.

Le pari de la balle

Le détaillant achète sa balle de 50 kilos par catégorie, jeans, robes ou T-shirts, et ne découvre son contenu qu’à l’ouverture. Il garde le meilleur, revend une partie aux ambulants et jette l’invendable. Selon la même mission, entre 10 et 40 % des volumes exportés ne sont pas revendus comme vêtements dans les pays importateurs, qui n’ont souvent pas les moyens de les traiter. Au Ghana voisin, l’ONG The Or Foundation avance 40 %, un chiffre que les professionnels ramènent à moins de 5 % de déchets. La mission note que les deux décrivent la même réalité, des vêtements portables mais jugés invendables et jetés dès l’arrivée. Elle relève aussi une crise de l’export en 2024, avec une baisse de la demande et des prix, qu’elle relie notamment à la baisse de qualité des vêtements européens face à la mode ultra rapide.

Un commerce longtemps interdit en Côte d’Ivoire

Le mot yougouyougou, qui désigne la friperie en Côte d’Ivoire, évoque le geste de secouer les vêtements pour les vendre. Pourtant, Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de 1960 à 1993, jugeait ce commerce stigmatisant et protégeait les usines textiles du pays, la friperie n’entrant alors que clandestinement depuis le Nigeria et le Ghana. Des quotas d’importation apparaissent en 1992, puis le marché s’ouvre totalement en 1997, début de l’âge d’or de la friperie à Abidjan.

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