
Le 5 octobre 2026 à Abidjan, l’État a lancé l’étude de faisabilité d’une plateforme nationale d’authentification et d’un portefeuille d’identité numérique, avec l’appui de la Banque africaine de développement. Diplômes, état civil et permis pourraient un jour tenir dans le même téléphone. Mais la Côte d’Ivoire dispose déjà d’une carte d’identité sur smartphone, et le vrai test se jouera sur deux chiffres, celui des détenteurs d’un numéro d’identification et celui de l’accès aux appareils.
Ce que l’étude doit trancher
Le Projet d’appui au renforcement de l’administration électronique (PARAE) a ouvert les travaux le 5 octobre 2026, lors d’une cérémonie coprésidée par les ministres Vagondo Diomandé (Intérieur et Sécurité) et Djibril Ouattara (Transition numérique). L’étude couvrira aussi les justificatifs numériques, comme l’état civil, les diplômes et les permis. Elle devra respecter trois garde-fous, la minimisation des données, la maîtrise des traces et la limitation de la corrélation des usages. En clair, il s’agit de ne montrer que l’information nécessaire à chaque démarche, de savoir qui a consulté quoi, et d’empêcher qu’un service recoupe ce que le citoyen fait ailleurs.
Les consultations ont débuté le jour même, et l’ONECI, l’ANSUT, l’ARTCI, l’ANSSI, la SNDI, le BNETD et la CNAM sont invités à y prendre part. Suivront un diagnostic, l’analyse de scénarios et des recommandations, attendues fin janvier 2027. Le PARAE, doté de 59,7 milliards FCFA dont 49,2 milliards apportés par la BAD, prévoit sa phase de généralisation sur 2027-2028.
Un portefeuille qui ne part pas de zéro
«Nous ne partons pas de zéro», a prévenu le ministre Djibril Ouattara, en citant le Registre national des personnes physiques et les services de l’ONECI. L’existant est réel. L’office a lancé «MyONECI+» le 23 avril 2025, une application qui donne accès au titre d’identité sur smartphone et permet notamment aux commerçants de vérifier l’âge d’un client. Le titre numérique se crée à partir de la carte physique, soit avec un téléphone doté de la technologie NFC, soit en agence. L’application compte plus de 50 000 téléchargements sur Google Play. Le 16 janvier 2026, l’ONECI et La Poste y ont ajouté «MaPoste», qui ouvre une boîte postale numérique à tout détenteur d’un numéro national d’identification (NNI).
Ce qui manque, c’est le lien entre ces briques. Lors de l’atelier national des 3 et 4 septembre 2026, les groupes de travail ont constaté que certaines applications publiques fonctionnent avec des identités numériques distinctes, donc autant de comptes et de mots de passe. Parmi les propositions avancées figure une identité commune adossée au registre et au NNI, avec une authentification unique.
Deux chiffres qui pèsent plus que la technologie
Le premier est celui du NNI. Selon le directeur général de l’ONECI, 11 millions de personnes en possèdent un, pour une population d’environ 30 millions. Si le portefeuille s’adosse à ce numéro, une large part des habitants devra d’abord l’obtenir.
Le second tient aux appareils. En 2024, environ 60 % de la population restait sans accès à internet, alors que la 4G couvrait au moins 93,7 % des habitants, un écart que l’accès limité aux smartphones explique en partie. La flambée du prix de la mémoire, tirée par les centres de données d’intelligence artificielle, complique encore l’équation, puisque les analystes attendent 16 millions de smartphones en moins livrés en Afrique subsaharienne en 2026.
Des services avant même le portefeuille
L’agenda n’attend pas les conclusions de l’étude. L’atelier de septembre a classé 59 services comme prioritaires, dont l’authentification des diplômes, le dossier patient informatisé et la boîte postale numérique, annoncés avant la fin de 2026. L’État vise 700 services publics accessibles en ligne en 2028 et une administration sans papier à l’horizon 2030.
Fin janvier 2027, l’heure de trancher
La boussole fixée par le ministre est l’usage, qu’il s’agisse de créer une entreprise, d’obtenir une prestation sociale ou de faire reconnaître un diplôme. Son critère est simple, le citoyen ne devrait plus fournir des justificatifs qu’une administration détient déjà. L’étude dira ce qui sera réutilisé, renforcé ou construit, mais la réussite se mesurera moins au nombre d’applications déployées qu’au nombre de papiers que les Ivoiriens cesseront de transporter.
