Côte d’Ivoire : pourquoi vos francs CFA ne règlent pas directement une facture de Douala

Francs CFA

Le franc CFA d’Abidjan et celui de Douala ont la même valeur face à l’euro, pourtant l’un ne règle pas les factures de l’autre. Le 9 juillet 2026, Afreximbank a annoncé l’adhésion de la banque centrale d’Afrique centrale à un réseau de paiement panafricain, alors que celle d’Afrique de l’Ouest n’y entre pour l’instant qu’en observatrice. Entre les deux zones, une PME qui vend de l’autre côté dépend encore de circuits qui n’ont rien de simple.

Une facture de 10 millions de FCFA, deux monnaies

Prenons une PME d’Abidjan qui facture 10 millions de FCFA à un distributeur de Douala. Les deux monnaies sont arrimées à l’euro à la même parité fixe, 655,957 francs CFA pour un euro, si bien que la facture représente environ 15 245 euros quel que soit le côté de la frontière, et que le cours ne bouge pas d’un jour à l’autre.

Pourtant, l’appellation « franc CFA » recouvre deux monnaies distinctes. Le franc CFA ouest-africain est émis par la BCEAO, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, pour les huit pays de l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Le franc CFA d’Afrique centrale est émis par la BEAC, la Banque des États de l’Afrique centrale, pour les six pays de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Chaque banque centrale gère sa monnaie, et chaque monnaie circule sur son propre territoire.

Le règlement n’est donc pas un simple virement entre deux comptes en francs CFA. Il suppose de convertir une monnaie dans l’autre, à parité de un pour un, avec les intermédiaires, les frais et les délais qui accompagnent tout paiement entre deux monnaies.

Un surcoût de 5 milliards de dollars par an

Ce mécanisme dépasse largement la zone franc. Afreximbank, la banque africaine d’import-export, recense 42 monnaies sur le continent et estime à environ 5 milliards de dollars par an le surcoût imposé aux échanges intra-africains, lesquels ont atteint 220 milliards de dollars en 2024. Cela représente un peu plus de 2 % de leur valeur. L’origine du problème tient au recours à des devises tierces et à des banques correspondantes établies hors du continent, un circuit qui alourdit les délais et les coûts.

Pour y répondre, Afreximbank, l’Union africaine et le secrétariat de la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine, ont conçu le PAPSS, le Système panafricain de paiement et de règlement. Il permet à deux entreprises de régler une transaction dans leurs monnaies respectives, sans passer par le dollar ou l’euro, avec un traitement annoncé en moins de deux minutes.

Le 9 juillet 2026, la BEAC entre dans le réseau

Ce jour-là, la BEAC a rejoint le PAPSS, ce qui ouvre le réseau aux six pays de la CEMAC, un marché de plus de 72 millions d’habitants. Le raccordement effectif des banques de la région doit être opérationnel d’ici la fin de 2026. Au moment de l’annonce, le réseau couvrait 28 pays et plus de 190 banques et fintechs. Le 14 septembre 2026, son directeur général évoquait plus de 30 pays et plus de 200 banques et prestataires de paiement.

Les chiffres d’usage sont frappants. Le volume des transactions a progressé d’environ 1 000 % entre les périodes comparables de 2025 et 2026, soit un volume multiplié par onze, tandis que leur valeur a augmenté d’environ 120 %. Le montant moyen par paiement a donc été divisé par cinq. Le PAPSS revendique par ailleurs des économies de 92 à 95 % par transaction.

La BCEAO regarde le pont avant de le traverser

Côté ouest-africain, la BCEAO a présenté le 21 juillet 2026 à Dakar un pilote de six mois réunissant plus de 80 banques de l’UEMOA. Elle y entrera en observatrice, afin de vérifier que le système respecte la réglementation de l’Union avant tout engagement plus formel. Au 23 septembre 2026, la date de démarrage n’avait toujours pas été communiquée. Même lancé le jour de l’annonce, un pilote de six mois ne pourrait pas s’achever avant le 21 janvier 2027, et l’éventuelle adhésion pleine et entière viendrait ensuite.

Pendant ce temps, la BCEAO bâtit sa voie rapide intérieure. PI-SPI, sa plateforme de paiement instantané ouverte au public depuis le 30 septembre 2025, comptait 175 participants autorisés au 30 septembre 2026. Le pilote doit justement s’appuyer sur ce socle et sur le PAPSS, comme le montre le couplage prévu entre les deux systèmes. La zone franc d’Afrique de l’Ouest dispose ainsi d’un trajet intérieur de plus en plus fluide, et la zone d’Afrique centrale d’une porte d’entrée continentale déjà ouverte. Entre les deux, le tronçon reste à construire.

Trois repères pour suivre le dossier

La fin de 2026 est la date visée pour le raccordement effectif des banques de la CEMAC au PAPSS. Le démarrage du pilote ouest-africain, qui n’a pas de date annoncée, ouvrira ensuite un compte à rebours de six mois, au terme duquel les instances de la BCEAO examineront les résultats avant de statuer sur une adhésion pleine et entière. Quant au PAPSS, son directeur général situe à partir de 2027 une phase centrée sur l’adoption du réseau et la croissance des transactions.

Entre Abidjan et Douala, la monnaie est la même, et c’est le chemin qu’elle emprunte qu’il reste à unifier.

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