Roaming : le Burkina signe trois accords avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin

Antenne téléphone

Le Burkina Faso a signé le 23 octobre 2026 à Ouagadougou trois accords bilatéraux de roaming, ou itinérance mobile, avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin, à l’issue d’une session du comité des régulateurs du numérique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Appels, SMS et internet mobile sont concernés, mais les tarifs n’ont pas été dévoilés et la mise en service est envisagée d’ici trois mois environ. Chaque accord liant le Burkina à un seul partenaire, les liaisons directes entre les trois autres pays ne sont pas automatiquement couvertes.

Un hub burkinabè plutôt qu’un accord à quatre

La cérémonie a clôturé la deuxième session du comité des régulateurs nationaux du numérique de l’UEMOA, tenue du 20 au 22 octobre 2026. L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) du Burkina Faso y a conclu trois conventions distinctes avec ses homologues béninois, ivoirien et sénégalais. Elles portent sur les appels, SMS et internet mobile des abonnés en déplacement. Le roaming permet d’utiliser sa carte SIM habituelle à l’étranger en passant par le réseau d’un opérateur du pays visité, sans acheter de carte locale.

Un Ivoirien qui se rend à Ouagadougou est donc concerné, comme un Sénégalais ou un Béninois. Un trajet entre Abidjan et Dakar, lui, n’entre pas automatiquement dans le champ de ces accords.

La ministre de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Aminata Zerbo/Sabané, qui présidait la cérémonie, a rappelé que la qualité du service ne se mesure pas à la seule signature d’un accord. Les conditions techniques et commerciales doivent, selon elle, être expliquées aux usagers, ainsi que les démarches à suivre en cas de difficulté. Pour le secrétaire exécutif de l’ARCEP, Wendlassida Patrice Compaoré, ces signatures marquent le point de départ d’une phase de mise en œuvre et de suivi.

Un couloir déjà annoncé en 2017, puis en 2023

Le couloir n’est pas neuf. Un protocole signé à Abidjan le 28 novembre 2016 par les régulateurs du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Mali et du Sénégal, rejoints ensuite par le Togo, prévoyait la gratuité de l’appel reçu et la facturation des appels émis au tarif du pays visité. Quand la phase expérimentale a été lancée à Dakar le 30 mars 2017, la Côte d’Ivoire et la Sierra Leone n’étaient pas prêtes.

En octobre 2023, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont signé, régulateurs et opérateurs réunis, un protocole de mise en œuvre du règlement de la CEDEAO sur l’itinérance, avec une ouverture des services visée au plus tard le 15 décembre 2023.

Un cadre qui change de bloc

Depuis, le paysage institutionnel a changé. En novembre 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont signé à Niamey un protocole prévoyant la gratuité de la réception des appels voix et des SMS en itinérance dans leur espace. Leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est devenu effectif le 29 janvier 2025.

Les trois accords d’octobre 2026 relient donc le Burkina Faso à trois pays toujours membres de la CEDEAO, dans le cadre de l’UEMOA, que les quatre États partagent. L’ARCEP burkinabè en assure d’ailleurs la présidence en exercice du comité des régulateurs. Le roaming s’organise ainsi au-dessus des lignes de partage entre blocs, avec l’union économique et monétaire comme point d’appui.

Ce que les voyageurs peuvent attendre, et ce qui reste à confirmer

Les tarifs applicables n’ont pas été communiqués, et aucune date commune d’entrée en vigueur n’a été fixée. Le précédent le plus proche est celui du même régulateur burkinabè avec le Togo, signé le 18 avril 2025 à Lomé. Les appels reçus en roaming devaient ne plus être facturés à compter du 30 mai 2025, et les appels émis depuis le pays visité vers des numéros locaux devaient l’être au prix d’un appel national. Rien ne garantit que les accords d’octobre 2026 reprennent ce schéma.

La Commission de l’UEMOA a demandé des calendriers d’application précis, des tarifs transparents et un contrôle de la qualité de service, et entend mesurer les progrès à partir des liaisons bilatérales opérationnelles, des tarifs appliqués et de l’usage des services. Les voyageurs visés comprennent notamment les commerçants, les étudiants et les transporteurs qui franchissent régulièrement ces frontières.

Entre la signature et le service commercial, environ trois mois

Les opérateurs doivent encore réaliser des travaux techniques avant l’entrée en vigueur, envisagée dans un délai d’environ trois mois, a indiqué Wendlassida Patrice Compaoré.

Le chemin entre signature et service commercial reste inégal dans la région. En août 2025, l’organisation des régulateurs télécoms ouest-africains recensait 13 protocoles bilatéraux signés dans huit États, dont neuf avaient fait l’objet d’une annonce de lancement, et elle distingue le lancement public de la disponibilité commerciale effective. Le Ghana et la Côte d’Ivoire ont ouvert la voie le 14 juin 2023, avec une baisse des prix des communications voix, SMS et internet allant jusqu’à 90 % pour les abonnés ivoiriens en déplacement au Ghana, selon l’Autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire. Le Bénin, le Sénégal et le Togo ont officialisé le roaming entre leurs trois pays en avril 2026.

Quand la première facture de voyage tranchera

L’enjeu dépasse le confort des voyageurs. Selon l’association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA), citée par le représentant de la Commission de l’UEMOA lors de la cérémonie, les technologies et services mobiles ont contribué à hauteur de 220 milliards de dollars au PIB du continent en 2024, soit 7,7 %, et cette contribution pourrait atteindre 270 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Pour un commerçant d’Abidjan qui monte à Ouagadougou ou un étudiant béninois qui y poursuit ses études, la mesure sera plus simple, celle du prix d’un appel reçu, d’un SMS et d’une session internet. Les signatures sont faites. D’ici environ trois mois, ce sont les relevés de consommation qui diront si le roaming tient sa promesse.

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