
Dans l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui réunit huit pays dont la Côte d’Ivoire, le mobile money (l’argent qu’on garde et qu’on envoie depuis un compte de téléphone) a brassé 219 151 milliards de FCFA en 2025. D’après le tableau de bord de l’inclusion financière de la BCEAO, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, c’est environ 13 fois la valeur des opérations faites avec des cartes bancaires. Un écart spectaculaire, mais qui compare deux usages très différents.
Un écart de 1 à 13
En 2025, les comptes de monnaie électronique de l’Union ont enregistré 16,4 milliards d’opérations, soit près de 45 millions par jour. Leur valeur totale atteint 219 151 milliards de FCFA (environ 334 milliards d’euros), contre 156 889 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 39,7 %.
Du côté des cartes bancaires, la BCEAO recense 245,9 millions de transactions pour 16 389 milliards de FCFA, retraits compris. En valeur, le mobile money pèse donc 13,4 fois plus. En nombre d’opérations, l’écart grimpe à 67 contre 1.
Deux outils, deux usages
Le montant moyen d’une opération de mobile money tourne autour de 13 400 FCFA, un chiffre calculé à partir des données de la BCEAO. Pour une opération par carte, il grimpe à environ 66 700 FCFA.
Surtout, les cartes servent d’abord à retirer du cash. Les retraits aux distributeurs représentent 13 703 milliards de FCFA, soit 83,6 % de la valeur des opérations par carte. Les paiements, y compris en ligne, plafonnent à 2 683 milliards. Les paiements marchands par mobile money atteignent 11 756 milliards de FCFA, soit 4,4 fois plus.
À l’inverse, le mobile money mélange tout. Les transferts entre particuliers pèsent 58 781 milliards de FCFA, auxquels s’ajoutent les dépôts, les retraits, les factures (2 167 milliards) et les achats en boutique. Comparer les deux totaux, c’est donc comparer des flux de nature différente.
La Côte d’Ivoire en tête
La Côte d’Ivoire concentre 71 307 milliards de FCFA de transactions, soit 32,5 % du total de l’Union, devant le Sénégal avec 58 617 milliards. Son taux d’inclusion financière, c’est-à-dire la part des adultes qui utilisent au moins un service financier, atteint 88,7 %, contre 76,1 % pour l’ensemble de l’UEMOA.
Pour un commerçant comme pour un ménage, le téléphone est devenu le premier guichet. Une nuance toutefois. L’Union compte 284,8 millions de comptes de mobile money ouverts, dont 92,7 millions réellement actifs, soit 32,6 %. Le parc de cartes, lui, atteint 8,8 millions, en hausse de 9,3 %. Un compte ouvert n’est pas un client.
Le cash, vrai rival des deux
Avec 83,6 % de la valeur des cartes consacrée aux retraits, c’est surtout le billet que les cartes alimentent. Leur réseau reste compact, avec 4 608 distributeurs et 17 717 terminaux de paiement, face à 1,45 million de points de service mobile money actifs.
D’ici à la prochaine édition du tableau de bord, un indicateur sera à suivre de près, la part des paiements marchands dans la valeur totale des opérations. C’est elle qui dira si le téléphone ne sert pas seulement à envoyer de l’argent, mais aussi à le dépenser.
