BRVM : les chiffres flambent, mais que dit la liquidité ?

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La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières affiche des chiffres qui donnent le vertige depuis 2025. Mais valorisation record et marché liquide ne veulent pas dire la même chose, et les deux histoires ne racontent pas tout à fait la même dynamique.

Une capitalisation qui ne cesse de grimper

La capitalisation du marché des actions a franchi les 17 000 milliards de FCFA à la mi-juin 2026, un niveau qui représente désormais une part significative du PIB cumulé de l’UEMOA. Cette progression s’explique surtout par la revalorisation des titres déjà cotés plutôt que par l’arrivée de nouvelles entreprises en Bourse. Autrement dit, les investisseurs paient plus cher pour posséder les mêmes sociétés, portés par des résultats d’entreprises en amélioration.

Deux grandes capitalisations illustrent ce mouvement. Sonatel a publié un bénéfice net de 311 milliards de FCFA, en hausse de 8 %, tandis que le groupe Ecobank affichait près de 280 milliards de FCFA de bénéfices, en progression de 10 %. Sur l’ensemble des sociétés cotées, le chiffre d’affaires consolidé cumulé à fin septembre 2025 dépassait les 7 641 milliards de FCFA.

Des volumes qui racontent une histoire plus nuancée

C’est là que le tableau se complique. La BRVM elle-même a publié qu’au 30 janvier 2026, la moyenne journalière des transactions atteignait 1,48 milliard de FCFA pour près de 1,6 million de titres échangés, contre 533 millions de FCFA un an plus tôt, soit un volume quasiment triplé sur la période. Sur l’ensemble de 2025, le marché a traité plus de 274,4 milliards de FCFA d’actions, en progression de 56,4 % par rapport à 2024, un niveau qui dépasse à lui seul les volumes cumulés de plusieurs exercices de la décennie 2014-2019.

Ce sursaut d’activité doit beaucoup aux dividendes. Les distributions de 2024, versées quasiment en intégralité en 2025, ont atteint environ 632 milliards de FCFA, offrant un rendement réel de 7 à 8 %, nettement plus attractif que les produits de taux classiques. Une partie de cet argent redistribué est réinvestie en actions, ce qui alimente mécaniquement les volumes échangés.

Le début d’année qui interroge

Le tableau se nuance encore un peu plus si l’on observe janvier 2026 dans le détail. Certaines comparaisons mensuelles pointent un ralentissement du rythme des échanges par rapport à la fin d’année précédente, une phase que les observateurs qualifient davantage de consolidation technique que de retournement de tendance. Les indices ont d’ailleurs enregistré un léger repli inférieur à 1 % sur les premières semaines de l’année, avant de reprendre leur trajectoire haussière au fil des mois suivants.

Ce genre d’écart entre les mesures, une hausse spectaculaire sur certaines périodes et un ralentissement sur d’autres, montre surtout que la liquidité du marché reste irrégulière d’un mois à l’autre. C’est un trait courant des marchés encore en construction, où quelques grandes capitalisations et quelques journées de forte activité peuvent faire basculer les statistiques dans un sens ou dans l’autre.

Alors, bulle ou vraie profondeur ?

Les fondamentaux, eux, ne montrent pas de signe d’essoufflement. Les bénéfices des sociétés cotées progressent, les dividendes restent généreux, et la capitalisation continue de battre des records mois après mois. Ce qui reste à démontrer, c’est la capacité du marché à maintenir un flux d’échanges soutenu et régulier, indépendamment des pics ponctuels liés aux périodes de versement de dividendes ou à une poignée de grandes opérations. La publication des résultats annuels complets des sociétés cotées sera, à ce titre, le prochain indicateur à surveiller pour savoir si 2026 confirme la profondeur du marché régional ou si l’activité retombe une fois les dividendes de 2025 distribués.

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