
Une monnaie qui s’effondre, des dépenses publiques contestées, un montage financier jugé trop risqué. En quelques mois, le Fonds monétaire international a trouvé pas moins de trois raisons distinctes de froncer les sourcils face au Nigeria, sans que ça n’empêche le pays de rester une des toutes premières économies d’Afrique.
Le naira plonge, les Nigérians répondent en dollars numériques
Le naira s’est déprécié de 73 % entre 2023 et 2024, un choc qui a poussé une partie de la population vers les stablecoins, ces cryptomonnaies adossées au dollar. Le Nigeria capte à lui seul environ 60 % des flux de stablecoins à destination de l’Afrique subsaharienne, soit près de 59 milliards de dollars sur un an. Le FMI comprend la logique individuelle, mieux vaut un actif stable qu’une monnaie qui fond, mais s’inquiète du phénomène à l’échelle macroéconomique, une « dollarisation numérique » qui affaiblirait la capacité de la banque centrale nigériane à mener sa propre politique monétaire.
Une querelle de chiffres sur les dépenses publiques
Deuxième front, plus politique celui-ci. Dans un rapport publié en juin 2026, le FMI a estimé que le déficit du gouvernement central avait bondi à 4,4 % du PIB en 2025, contre 2,4 % en 2024, évoquant environ 5,8 milliards de dollars de dépenses réalisées hors budget. Le gouvernement nigérian a répliqué publiquement début juillet, le président du comité fiscal présidentiel qualifiant ces allégations de conjectures sans preuves vérifiables. Une passe d’armes rare entre un gouvernement et le FMI, menée quasiment en direct sur les réseaux sociaux.
Un montage financier de 5 milliards de dollars qui inquiète
Troisième sujet de crispation, un projet d’accord approuvé en avril 2026 par le Sénat nigérian avec la banque First Abu Dhabi Bank, reposant sur des instruments financiers complexes, notamment des swaps de rendement total, pour mobiliser jusqu’à 5 milliards de dollars. Le représentant résident du FMI au Nigeria a jugé le mécanisme risqué en matière de transparence et de gestion de la dette, recommandant plutôt des instruments plus classiques comme les euro-obligations.
Un pays qui reste pourtant un poids lourd
Malgré ce triple front d’inquiétudes, le Nigeria demeure une des toutes premières économies du continent en valeur, avec environ 250 milliards de dollars de PIB, et le FMI salue par ailleurs les réformes engagées depuis 2023 sous la présidence de Bola Tinubu, suppression des subventions aux carburants, réforme du marché des changes, resserrement monétaire. La dette publique, elle, a grimpé de 40 % à 53 % du PIB entre 2022 et 2024, principalement sous l’effet comptable de la dépréciation du naira sur la part de la dette libellée en devises étrangères, passée de 27 % à 49 % sur la période.
Trois dossiers, un seul patient
Trois inquiétudes distinctes, une monnaie qui fuit vers le numérique, un déficit budgétaire contesté, un financement jugé opaque, convergent finalement vers un même constat, celui d’une économie assez solide pour continuer d’attirer l’attention internationale, mais assez fragile pour cumuler les motifs de vigilance du même bailleur en l’espace de quelques mois à peine.
