
Pendant que l’or et le cacao occupent le devant de la scène, un autre minerai progresse dans l’ombre. La production ivoirienne de manganèse a dépassé le million de tonnes en 2024, contre à peine 41 000 tonnes en 2011.
Une progression qui a longtemps échappé aux radars
Le manganèse, quatrième métal le plus utilisé au monde après le fer, l’aluminium et le cuivre, sert avant tout à la fabrication de l’acier, pour la construction comme pour l’automobile. En Côte d’Ivoire, sa production a connu une trajectoire spectaculaire, passant de 41 000 tonnes en 2011 à plus d’un million de tonnes en 2024, selon les données les plus récentes disponibles. Cette hausse s’inscrit dans un mouvement plus large, depuis 2014, les financements publics et privés ont permis d’injecter environ 10 000 milliards de FCFA dans les secteurs minier et pétrolier du pays.
Quatre mines, un potentiel encore loin d’être épuisé
Le pays compte aujourd’hui quatre mines de manganèse en exploitation, à Bondoukou, Guitry, Kaniasso et Lagnonkaha, pour un potentiel total estimé à 12 millions de tonnes, un chiffre qui laisse entrevoir des années de croissance possible si les investissements suivent. La production s’établissait à 929 705 tonnes en 2022, avant un repli technique en 2023 puis un retour à la hausse dès 2024, porté notamment par la reprise de la mine d’Odienné.
Un club de producteurs assez restreint
À l’échelle mondiale, le manganèse reste un marché concentré. L’Afrique du Sud domine largement la production internationale, aux côtés d’un trio qui inclut le Gabon, le Ghana et la Côte d’Ivoire, ces quatre pays réunissant à eux seuls 43 % des réserves mondiales connues. Le Gabon, deuxième producteur mondial, transforme déjà une partie de son minerai localement via Comilog, filiale du groupe français Eramet, quand la Côte d’Ivoire exporte encore l’essentiel de sa production à l’état brut, sans grande valeur ajoutée locale.
Transformer plutôt qu’exporter, le prochain chantier
C’est précisément ce point que le gouvernement ivoirien a choisi d’attaquer, dans la continuité d’une stratégie minière qui a permis d’injecter environ 10 000 milliards de FCFA dans les secteurs minier et pétrolier du pays depuis 2014. Un choix cohérent avec la dynamique observée sur l’or, où la production a été multipliée par cinq entre 2011 et 2024, passant de 12,4 à 59,1 tonnes, faisant du secteur minier un relais de croissance de plus en plus assumé aux côtés de l’agriculture, pilier historique de l’économie ivoirienne.
Un minerai qui a de beaux jours devant lui
Entre un potentiel encore largement sous-exploité, une demande mondiale soutenue par la construction et l’automobile, et une volonté politique désormais tournée vers la transformation locale, le manganèse ivoirien a toutes les cartes en main pour sortir de l’ombre du cacao et de l’or dans les prochaines années. Reste à savoir si la transformation promise se concrétisera aussi vite que la production a grimpé depuis 2011.
