
Cinq groupes internationaux, bientôt six, produisent l’essentiel de l’or industriel ivoirien. Derrière ces noms qui reviennent régulièrement dans l’actualité minière, une réalité mouvante, rachats chinois, sortie surprise d’un géant canadien, montée en puissance d’un conglomérat ivoirien. Un vaste inventaire, complété par les juniors qui préparent les mines de demain et par les filières manganèse et nickel qui montent en puissance en parallèle de l’or.
Le secteur en un coup d’œil
La Côte d’Ivoire a produit 59 tonnes d’or en 2024, avec un objectif de 62 tonnes en 2025, et l’ambition affichée de devenir le premier producteur d’or d’Afrique d’ici 2030. Le secteur minier pèse désormais environ 4 % du PIB national, contre à peine 1,5 % il y a dix ans. Cette montée en puissance repose sur une poignée d’acteurs industriels internationaux, aux côtés d’un tissu de plus en plus dense de sociétés d’exploration qui préparent la prochaine génération de mines.
Endeavour Mining, le leader incontesté
Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, Endeavour Mining exploite en Côte d’Ivoire deux mines, Ity, dans l’ouest du pays, en activité depuis plus de trente ans, et Lafigué, à Boundiali, entrée en production en août 2024. En 2025, Ity a produit environ 319 000 onces et Lafigué 187 000 onces, soit un total dépassant les 14 tonnes pour la seule Côte d’Ivoire. L’État ivoirien et la Sodemi détiennent ensemble 20 % de Lafigué, contre 80 % pour Endeavour. Le groupe développe également son projet Assafou-Didibango, présenté comme son prochain actif phare dans le pays, avec une première coulée d’or prévue au second semestre 2028, et discuterait, selon des informations relayées en juin 2026, d’un possible rapprochement à 30 milliards de dollars avec Barrick Mining autour de leurs actifs africains respectifs, un projet encore non finalisé à ce jour.
Perseus Mining, la première mine souterraine du pays
Perseus Mining exploite Yaouré, au centre du pays, et Sissingué, près de la frontière malienne. Yaouré a produit 262 239 onces sur l’exercice 2025 et s’apprête à devenir la première mine d’or souterraine de Côte d’Ivoire, un projet de 170 millions de dollars autorisé par décret présidentiel le 18 septembre 2025, avec un premier minerai attendu dès janvier 2026 et une production commerciale visée pour mars 2027. Cette transition doit prolonger la durée de vie de Yaouré jusqu’en 2035. Sissingué, plus modeste, a produit près de 58 000 onces sur un an, sa durée de vie ayant été repoussée jusqu’en 2026 grâce à l’exploitation des gisements satellites de Fimbiasso et Bagoé.
Allied Gold, sortie de crise avec un géant chinois en embuscade
Allied Gold exploite Bonikro et Agbaou, réunis sous l’appellation CDI Complex, pour une production consolidée visée autour de 200 000 onces par an sur au moins dix ans. Bonikro vient de voir sa durée de vie prolongée jusqu’en 2036. Ces deux mines ont connu une actualité mouvementée en 2026, en janvier, Allied Gold a accepté une offre de rachat total du géant chinois Zijin Gold, valorisant l’entreprise à environ 4 milliards de dollars. Après plusieurs prolongations, cet accord a finalement été abandonné le 29 juillet 2026, les autorités chinoises n’ayant pas délivré leur feu vert réglementaire dans les délais impartis. Zijin Gold prend à la place une participation minoritaire d’environ 295 millions de dollars, soit près de 9 % du capital, laissant Allied Gold indépendante pour l’instant.
Fortuna Mining, l’expansion validée la veille de cette publication
Fortuna Mining, qui a repris les actifs de l’ancien Roxgold, exploite la mine de Séguéla depuis mai 2023. Le site a produit 152 426 onces en 2025 et devrait atteindre jusqu’à 170 000 onces en 2026. Le 29 juillet 2026, Fortuna a approuvé une expansion de 30 % de la capacité de traitement du site, un investissement de 109 millions de dollars qui doit porter la production annuelle au-delà de 200 000 onces pendant la prochaine décennie, en intégrant notamment le développement souterrain du gisement Sunbird.
Zhaojin Mining, le rachat chinois qui a changé la donne à Abujar
Le cinquième nom qui revient régulièrement, Tietto Minerals, n’existe en réalité plus en tant qu’entité indépendante. L’entreprise australienne, qui a mis en production la mine d’Abujar en janvier 2023, a été rachetée en 2024 par le groupe chinois Zhaojin Mining pour environ 475 millions de dollars, à l’issue d’une bataille boursière de six mois. Abujar, dont le potentiel est estimé à 1,69 million d’onces, reste aujourd’hui en ligne avec ses objectifs de production sous pavillon chinois.
Montage Gold, le sixième nom qui s’apprête à rejoindre le club
Encore en construction, le projet Koné, dans le nord-ouest du pays, doit devenir la première mine d’or « de classe mondiale » de Côte d’Ivoire, avec des réserves estimées à 5 millions d’onces et une production annuelle visée à plus de 300 000 onces sur une vingtaine d’années. Porté par le groupe canadien Montage Gold, le projet a mobilisé plus de 3 000 employés et sous-traitants et environ 545 millions de dollars de dépenses, soit près des deux tiers de son budget total. La première coulée d’or est désormais attendue avant la fin du quatrième trimestre 2026, avec une production commerciale prévue au deuxième trimestre 2027. Montage Gold prépare déjà un second projet ivoirien, à Didiévi, et a reçu un appui financier local via un crédit de 31,5 milliards de FCFA accordé par AFG Holding, la branche financière du groupe Atlantic.
Le grand départ de Barrick, et l’entrée d’un conglomérat ivoirien
Longtemps citée parmi les grandes compagnies actives dans le pays, Barrick Mining a en réalité quitté la Côte d’Ivoire. Le 1er décembre 2025, le groupe canadien a finalisé la cession de sa mine de Tongon, exploitée depuis 2010, au conglomérat ivoirien Atlantic Group, présidé par Koné Dossongui, pour un montant pouvant atteindre 305 millions de dollars. L’opération fait de Tongon la première mine aurifère de classe mondiale entièrement détenue par un acteur industriel ivoirien, un tournant symbolique après des années de domination quasi exclusive des majors internationales sur l’or industriel du pays.
Les juniors qui préparent la Côte d’Ivoire de demain
Au-delà des producteurs établis, une nouvelle génération de sociétés d’exploration multiplie les permis. Le 1er avril 2026, le Conseil des ministres a attribué quatre nouveaux permis, Pioneer Minerals SARL sur les départements d’Aboisso et d’Alépé, Lley Global Mining SA sur le département de Divo, et Golden Core Resources SARL sur deux permis couvrant Soubré, Buyo et leurs environs. Un an plus tôt, le 26 février 2025, ZS Ressources SARL et Schiba Mining SA avaient déjà obtenu des permis respectivement à Daoukro et à Touba. Plus récemment encore, le 22 juillet 2026, quatre nouveaux permis ont été accordés à Roro’s Mining SARL, XMI SARL, Major Star Plus SARL, ainsi qu’un second permis pour Pioneer Minerals SARL, cette fois dans le département de Korhogo. Ces attributions s’inscrivent dans une dynamique soutenue, en décembre 2025, neuf sociétés, dont Barrick Mining, s’étaient vu accorder une douzaine de permis d’exploration aurifère. Selon le rapport World Exploration Trends 2026 de S&P Global Market Intelligence, la Côte d’Ivoire a attiré 186 millions de dollars d’investissements d’exploration en 2025, soit 84 millions de plus qu’en 2024, confirmant sa place de première destination minière d’Afrique de l’Ouest.
Au-delà de l’or, le manganèse et le nickel montent en puissance
L’or domine l’attention, mais la diversification minière ivoirienne s’accélère sur d’autres filières. La production de manganèse a dépassé le million de tonnes en 2024, contre 41 000 tonnes seulement en 2011, portée par quatre mines en exploitation à Bondoukou, Guitry, Kaniasso et Lagnonkaha, pour un potentiel total estimé à 12 millions de tonnes. Sur le nickel, dont le potentiel dépasse 260 millions de tonnes, l’État a franchi une étape symbolique fin juin 2026, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a participé pour la première fois à un financement minier en Afrique subsaharienne, 180 millions de dollars destinés à Polynickel West Africa, dont la Sodemi détient désormais 30 % du capital aux côtés de CoreX Holding. Des permis de recherche ont également été accordés pour le lithium et le coltan, deux filières encore embryonnaires mais suivies de près par le gouvernement dans le cadre de sa politique de valorisation des minéraux critiques.
Un secteur qui change de mains aussi vite qu’il grandit
En l’espace de deux ans, la carte des propriétaires de l’or ivoirien s’est redessinée en profondeur, un rachat chinois à Abujar, un géant canadien qui quitte le pays au profit d’un conglomérat local à Tongon, une acquisition à quatre milliards de dollars qui s’effondre à la dernière minute à Bonikro et Agbaou, et une nouvelle mine de classe mondiale qui s’apprête à entrer en production. Pour un secteur qui ne représentait que 1,5 % du PIB il y a dix ans, la Côte d’Ivoire est devenue, presque sans bruit, un terrain où se jouent certaines des plus grosses transactions minières du continent.

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