
Entre 2022 et 2025, la valeur des exportations d’hydrocarbures camerounaises a fondu de près de moitié. Mais le détail par produit raconte trois histoires différentes, un pétrole brut qui s’épuise doucement, un gaz naturel dont les volumes tiennent mais dont la valeur recule, et des carburants raffinés que le pays achète désormais bien plus qu’il n’en vend, un paradoxe pour une nation productrice de brut.
Une note encore provisoire, mais des tendances nettes
Les chiffres qui suivent proviennent de la note sur le commerce extérieur du Cameroun en 2025, publiée en version provisoire par l’Institut national de la statistique en avril 2026, à partir des données douanières de la Direction générale des douanes. Ces séries couvrent les exportations et les importations de marchandises, pas la production physique elle-même, mais pour un pays qui exporte la quasi-totalité de son brut, elles en offrent un miroir fidèle.
Le pétrole brut, une chute qui s’accélère
Les exportations camerounaises de pétrole brut n’ont cessé de reculer depuis 2022. En quantité, elles sont passées de 3 571 000 tonnes en 2022 à 3 084 000 tonnes en 2023, puis 3 027 000 tonnes en 2024, avant de tomber à 2 556 000 tonnes en 2025, soit un repli de 28,4 % sur l’ensemble de la période. En valeur, la dégringolade est plus sévère encore, de 1 515 milliards de FCFA en 2022 à seulement 706 milliards en 2025, une chute de plus de 53 %. La seule année 2025 concentre l’essentiel du choc, avec un recul de 15,6 % en quantité et de 29,6 % en valeur sur un an, la baisse des cours mondiaux du brut ayant fait reculer le prix unitaire à l’exportation de 16,7 % à elle seule.
Le gaz naturel liquéfié, des volumes stables, une valeur qui s’effrite
Le gaz naturel liquéfié suit une trajectoire très différente. Les quantités exportées restent quasiment stables sur la période, 1 348 000 tonnes en 2022, 1 373 000 en 2023, 1 375 000 en 2024 et 1 378 000 en 2025, une remarquable constance pour une ressource souvent plus volatile. La valeur, elle, ne suit pas, elle recule de 632 milliards de FCFA en 2022 à 350 milliards en 2025, une perte de 44,6 % en trois ans, entièrement imputable à la baisse des prix internationaux plutôt qu’à un recul des volumes produits et vendus.
Carburants et lubrifiants, le grand paradoxe camerounais
C’est sur ce segment que se joue la situation la plus révélatrice. Les exportations camerounaises de carburants et lubrifiants se sont littéralement effondrées, de 174 000 tonnes en 2023 à seulement 32 000 tonnes en 2025, un repli de 68,7 % rien qu’entre 2024 et 2025. Dans le même temps, les importations du pays sur cette même catégorie de produits ont grimpé, de 1 765 000 tonnes en 2022 à 2 022 000 tonnes en 2025, pour une facture de 788 milliards de FCFA la dernière année. Un pays producteur et exportateur de pétrole brut se retrouve ainsi contraint d’importer l’essentiel de ses carburants raffinés, une situation qui remonte directement à l’incendie du 31 mai 2019 qui avait mis à l’arrêt la raffinerie de la Sonara, à Limbé. Sept ans plus tard, sa réhabilitation reste en cours, avec un calendrier qui vise une reprise effective en 2027 et des discussions entamées, y compris avec le groupe nigérian Dangote, pour sécuriser l’approvisionnement du pays en attendant.
Le poids total des hydrocarbures dans les échanges
Pris ensemble, pétrole brut, gaz naturel et produits raffinés représentaient encore 4 940 000 tonnes et 2 163 milliards de FCFA d’exportations en 2022. En 2025, ces mêmes hydrocarbures ne pèsent plus que 3 966 000 tonnes et 1 077 milliards de FCFA, une chute de 24,4 % en valeur sur la seule dernière année. Du côté des importations, le mouvement est inverse mais plus modéré, les achats camerounais d’hydrocarbures sont passés de 1 898 000 tonnes en 2022 à 2 132 000 tonnes en 2025, pour une valeur qui recule néanmoins à 832 milliards de FCFA, portée à la baisse par le repli des prix internationaux des produits pétroliers.
Une dépendance qui apparaît en creux dans la balance commerciale
Le déficit commercial global du Cameroun s’est creusé à 2 145,2 milliards de FCFA en 2025, contre 1 428 milliards en 2022. Mais le rôle du pétrole dans l’équilibre des comptes extérieurs devient plus visible encore une fois neutralisé. Hors pétrole brut, le déficit commercial atteint 2 851 milliards de FCFA en 2025, et il grimpe à 3 157,6 milliards une fois le gaz naturel également exclu. Le taux de couverture des importations par les exportations, qui s’élève à 59,0 % en 2025 tous produits confondus, tombe à seulement 45,5 % hors pétrole brut, et à 39,1 % hors pétrole et gaz réunis. Autrement dit, sans ses hydrocarbures, l’économie camerounaise ne couvrirait aujourd’hui qu’un peu plus du tiers de sa facture d’importations par ses propres exportations.
Le cacao, nouveau premier produit d’exportation
Signe des temps, le pétrole brut, longtemps premier poste d’exportation du pays, cède désormais du terrain face au cacao. En 2025, le cacao brut en fèves représente 26,3 % des recettes d’exportation camerounaises, contre 22,9 % pour les huiles brutes de pétrole, portées par une hausse de 18,7 % des recettes cacaoyères sur la seule dernière année. En intégrant ses produits dérivés, pâte et beurre de cacao, la filière cacao pèse désormais 38,5 % des exportations totales du pays, loin devant le pétrole et le gaz réunis.
Une transition qui s’impose plus qu’elle ne se choisit
Le Cameroun n’a pas décidé de réduire sa dépendance aux hydrocarbures, cette transition lui est en grande partie imposée par l’épuisement progressif de ses gisements matures et par la volatilité des cours mondiaux. La vraie question des prochaines années tient moins à la trajectoire du pétrole, désormais clairement descendante, qu’à la capacité du pays à transformer enfin son propre brut sur place, plutôt que d’exporter la matière première pour ensuite racheter, plus cher, les carburants qui en sont issus.
