
Le Bénin courtise ses afrodescendants et multiplie les gestes d’ouverture envers sa diaspora, mais l’argent, lui, prend le chemin inverse. Entre 2014 et 2024, selon le Rapport Pays 2026 sur le Bénin de la Banque africaine de développement, publié le 28 juillet 2026, les transferts de fonds envoyés au pays sont passés de 304,7 millions à 235,6 millions de dollars, un recul de 23% qui tranche avec la dynamique observée ailleurs sur le continent.
Un recul à contre-courant du continent
Ce paradoxe surprend d’autant plus que les transferts de la diaspora africaine ont, eux, franchi la barre des 100 milliards de dollars en 2024, soit environ 6% du PIB du continent, davantage que l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers réunis. Le Bénin, lui, semble à contre-courant.
Une diaspora dont la taille reste incertaine
L’ampleur réelle de la diaspora béninoise reste d’ailleurs incertaine. La Direction générale des affaires économiques l’évaluait à environ 677 000 personnes en 2020, avec un transfert moyen de 302 dollars par migrant, très en retrait par rapport au Ghana (2 868 dollars) ou à la Côte d’Ivoire (900 dollars). Un autre décompte avance pourtant une population de plus de 2 millions de personnes et des transferts représentant environ 2% du PIB national, soit un ordre de grandeur nettement supérieur aux 235,6 millions de dollars mesurés par la Banque mondiale. L’écart entre ces deux évaluations n’a, à ce jour, pas été tranché publiquement, et il complique toute politique ciblée de mobilisation de cette épargne.
La CDC Bénin lance son propre diagnostic
Face à ce flou, la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin a lancé son propre diagnostic. Une étude exploratoire, restituée à Paris fin 2024, distingue deux segments bien différents au sein de la diaspora : une composante intra-africaine, plus nombreuse, et une composante occidentale, dont le niveau de maturité en matière d’éducation financière diffère sensiblement. Les conclusions de ces travaux montrent que les Béninois de l’étranger investissent d’abord dans des projets personnels, en particulier l’achat de résidences, et que l’épargne retraite, l’épargne logement et les comptes d’investissement couvrent à eux seuls plus des trois quarts des besoins exprimés.
Le pari du projet «DIASDEV»
Sur cette base, la CDC Bénin a construit le projet «DIASDEV», mené avec l’Agence française de développement et Expertise France. La restitution finale de l’étude de faisabilité, tenue le 17 décembre 2025, a débouché sur une orientation produit concrète, avec des solutions dédiées à la «famille diaspora» et au secteur immobilier, avant leur test progressif dans plusieurs pays. En amont, l’institution avait déjà entamé une tournée à Paris en juin 2025 pour présenter ses missions et recueillir les attentes directement auprès des Béninois de France.
Le modèle nigérian, encore hors de portée
Le Nigéria voisin, souvent cité en exemple pour sa Commission des Nigérians de la Diaspora (NiDCOM), illustre où ce type de démarche peut mener quand elle est mature. Après des années à canaliser des flux dépassant 20 milliards de dollars par an, l’institution a annoncé en 2026 un virage stratégique pour transformer les transferts de consommation en investissements productifs, une étape que le Bénin n’a pas encore atteinte.
Et maintenant ?
Le Bénin dispose donc d’un diagnostic plus fin qu’il y a un an, mais pas encore d’un cadre financier abouti ni de chiffres fiabilisés sur sa propre diaspora. La suite se jouera moins dans les intentions affichées que dans la capacité de la CDC Bénin à transformer un an d’études en produits que les Béninois de l’étranger choisiront réellement d’utiliser.
