Le Bénin dépense 4 fois plus pour rembourser sa dette que pour soigner ses citoyens

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Entre 2021 et 2023, l’État béninois a consacré 1,8% de son PIB au remboursement des intérêts de sa dette publique, contre seulement 0,4% aux dépenses de santé. Cet écart de 1,4 point de PIB, révélé par le Rapport Pays 2026 sur le Bénin de la Banque africaine de développement, publié le 28 juillet 2026, place le pays parmi ceux d’Afrique de l’Ouest où le coût de la dette pèse le plus lourdement sur les investissements sociaux.

Le service de la dette a presque triplé en part des recettes publiques

La part des recettes publiques consacrée au service de la dette extérieure béninoise est passée de 7,7% en moyenne sur 2015-2019 à 21,4% sur 2020-2023, selon les statistiques internationales sur la dette compilées par la Banque mondiale et reprises dans le rapport de la BAD. Le stock de dette publique suit une trajectoire comparable, puisqu’il se maintenait à 53,7% du PIB fin 2024 selon la Caisse autonome de gestion de la dette, un niveau confirmé par la Direction générale du Trésor français, bien en deçà du plafond de 70% fixé par l’UEMOA mais en nette hausse depuis 2019.

Le chiffre précis de l’écart de 1,4 point de PIB entre intérêts de la dette et dépenses de santé provient, lui, d’une seule base de données, celle de la CNUCED sur l’endettement mondial, et n’a pas d’équivalent public établi de façon indépendante pour ces trois années précises. Il s’inscrit néanmoins dans cette même dynamique de pression croissante de la dette sur les finances publiques, confirmée par des sources distinctes.

Le Bénin loin d’être le pire élève de la région

Comparé à ses voisins, le Bénin reste dans une position intermédiaire. Le Ghana affiche un écart de 3,8 points de PIB entre paiements d’intérêts et dépenses de santé, le Nigeria 2,3 points et le Togo 1,9 point, tandis que le Burkina Faso, le Niger et la Guinée présentent des écarts plus contenus. Le rapport souligne aussi qu’une hausse de 1% du ratio dette sur PIB pourrait entraîner, en moyenne sur le continent, une baisse de 4,9% de la productivité du travail, ce qui suggère que le poids de la dette ne se limite pas à un arbitrage comptable ponctuel mais pèse durablement sur la capacité du pays à transformer sa croissance en gains de productivité.

Un système de santé déjà sous tension

Ce resserrement budgétaire intervient alors que le secteur de la santé béninois reste fragile. Le rapport annuel 2024 du bureau pays de l’OMS relève la persistance de maladies transmissibles, non transmissibles et socio-comportementales, avec notamment une prévalence de l’hypertension artérielle estimée à 19,2% de la population. Le gouvernement a lancé, sur la période 2024-2030, un Plan national de développement sanitaire censé structurer les réformes du secteur, mais son financement dépendra directement des marges budgétaires que l’État parvient à dégager une fois le service de la dette réglé.

Et maintenant ?

Le Bénin maintient une trajectoire de croissance parmi les plus solides de la sous-région, avec 8,1% en 2025 selon le même rapport, ce qui lui donne en théorie les moyens de refinancer sa dette dans de bonnes conditions. Reste à savoir si cette marge de manœuvre budgétaire, une fois la dette honorée, ira réellement renforcer un système de santé qui n’a pour l’instant capté qu’une fraction résiduelle de la richesse nationale.

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