La Côte d’Ivoire, bonne élève sur la dette, mauvaise sur les infrastructures

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Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement dessine un pays à deux vitesses. D’un côté, une gestion de la dette publique parmi les plus solides d’Afrique de l’Ouest. De l’autre, un investissement public qui reste très loin de son plein rendement, un écart qui n’a rien d’incohérent une fois qu’on regarde ce que chaque chiffre mesure vraiment.

Une dette qui n’a jamais déraillé

La dette publique ivoirienne est passée de 37,2 % du PIB en 2019 à 59,3 % en 2024, une hausse rapide mais qui n’a jamais viré à la rupture. La Banque projette même un reflux à 57,1 % en 2025 puis 56,4 % en 2027, bien en deçà du plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA. Le service de la dette extérieure publique reste lui aussi stable, à 17,4 % des recettes publiques sur les périodes 2015-2019 et 2020-2023, quand ce même ratio grimpait à 21,4 % au Bénin et 20,5 % au Sénégal sur la même fenêtre. Le Ghana, de son côté, a fait défaut sur sa dette extérieure en 2022, avec un ratio qui culminait alors à 100 % du PIB, avant restructuration.

Un arbitrage entre dette et santé plutôt sain

Un autre indicateur confirme cette discipline. Entre 2021 et 2023, les paiements d’intérêts sur la dette publique ivoirienne ont représenté 2,2 % du PIB, contre 1,5 % pour les dépenses publiques de santé, un écart de seulement 0,8 point. Au Ghana, ce même écart atteint 3,8 points, avec des paiements d’intérêts à 5,9 % du PIB contre seulement 2,1 % pour la santé. Autrement dit, l’État ivoirien consacre proportionnellement moins de ressources au remboursement de ses créanciers, au détriment des dépenses sociales, que la plupart de ses voisins.

Mais un franc public sur trois qui rapporte moins qu’il ne devrait

Le tableau change du tout au tout sur l’investissement public. La Côte d’Ivoire affiche un score d’efficience de 0,601, ce qui signifie qu’elle ne récupère que 60,1 % du rendement potentiel de ses dépenses d’investissement, une perte de près de 40 %. À l’échelle mondiale, l’écart d’efficience n’est que de 9 % en Asie de l’Est et Pacifique, et d’à peine 1 % en Europe et Asie centrale. La Côte d’Ivoire perd ainsi environ quatre fois plus de rendement potentiel que l’Asie de l’Est sur chaque franc public investi.

Deux disciplines qui ne se ressemblent pas

Cet écart n’a rien de paradoxal une fois qu’on regarde ce que chaque indicateur mesure. La gestion de la dette relève d’une discipline essentiellement financière et comptable, fixer des plafonds, diversifier les créanciers, étaler les échéances, un exercice où la Côte d’Ivoire a manifestement construit une expertise solide. L’efficience de l’investissement public dépend d’autre chose, la qualité de la sélection des projets, la rigueur de leur exécution et la constance de leur suivi, un savoir-faire institutionnel plus diffus, qui touche des dizaines de ministères et d’administrations plutôt qu’une poignée de gestionnaires de la dette.

Ce que cet écart coûte concrètement au pays

Le Plan national de développement 2026-2030 réclame 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements sur cinq ans. Si l’écart d’efficience actuel se maintenait, environ 40 % de cette somme produirait un rendement inférieur à son potentiel réel, quel que soit par ailleurs le sérieux avec lequel la dette qui la finance sera remboursée. La rigueur budgétaire ivoirienne, aussi solide soit-elle, ne suffira donc pas à elle seule à garantir que cet argent transforme durablement le pays.

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