
Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement, publié le 27 juillet 2026, avance un chiffre qui interroge, la Côte d’Ivoire ne récupère qu’environ 60 % du rendement potentiel de ses investissements publics. Le reste, près de 40 %, s’évapore quelque part entre la sélection des projets, leur exécution et leur suivi.
Un score qui mesure le gaspillage invisible
Dans le domaine de l’efficience de l’investissement public, la Côte d’Ivoire affiche un score de 0,601, ce qui signifie qu’elle réalise environ 60,1 % du rendement potentiel maximal de ses investissements publics. Autrement dit, pour un niveau donné de dépenses d’investissement, le pays perd encore près de 39,9 % de son potentiel d’efficacité. Ce résultat reste légèrement inférieur à la moyenne de l’Afrique de l’Ouest, à 0,612, mais supérieur à ceux de l’Afrique australe (0,563), de l’Afrique de l’Est (0,535) et de l’Afrique centrale (0,475).
Un mal africain plus qu’un mal ivoirien
Ce chiffre s’inscrit dans une tendance beaucoup plus large. À l’échelle mondiale, l’écart d’efficience de l’investissement public atteint 41 % en Afrique, contre seulement 14 % en Amérique latine, 9 % en Asie de l’Est et Pacifique, et à peine 1 % en Europe et Asie centrale. Paradoxalement, l’Afrique affiche aussi le taux de défaut le plus faible du monde sur ses projets d’infrastructure, 1,9 %, contre 12,4 % en Europe de l’Est et 10,1 % en Amérique latine. Le continent ne perd donc pas son argent en projets qui s’effondrent, il le perd en efficacité mal exploitée, des projets qui aboutissent, mais qui rapportent bien moins qu’ils ne le pourraient.
Où se perd exactement ce rendement
La Banque pointe plusieurs maillons faibles dans la chaîne d’investissement ivoirienne, la sélection des projets, leur exécution et leur suivi. Un Fonds d’études, placé sous la tutelle du ministère des Finances et du Budget, existe déjà pour financer les études préalables indispensables à la structuration technique, économique et financière des projets avant leur lancement. Mais son usage reste encore insuffisant pour combler l’écart mesuré par la Banque. Le cadre des partenariats public-privé, régi par l’ordonnance de 2012 et la loi de 2021 sur la répartition des risques contractuels, cherche lui aussi à transférer vers l’opérateur privé les risques de conception, de financement et d’exploitation, dans l’espoir d’améliorer la qualité d’exécution des projets.
Un enjeu financier direct, pas seulement théorique
Réduire cet écart d’efficience est présenté par la Banque comme un levier majeur pour financer le développement du pays sans augmenter les taux d’imposition. Concrètement, chaque point de pourcentage d’inefficience gagné équivaut à davantage de routes, d’écoles ou d’hôpitaux construits pour le même montant public dépensé. À l’heure où le Plan national de développement 2026-2030 réclame 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements, ces 39,9 % d’inefficience représentent, si l’écart se maintenait, un manque à gagner colossal en infrastructures qui pourraient sortir de terre sans un franc de dépense supplémentaire.
Le renforcement des capacités, plus urgent que de nouveaux financements
Le message de la Banque est sans détour, malgré des progrès notables dans la réalisation des infrastructures publiques, des marges d’amélioration substantielles subsistent en matière de sélection, d’exécution et de gestion des projets d’investissement. Avant de chercher de nouveaux financements, la Côte d’Ivoire aurait donc tout intérêt à mieux dépenser ceux qu’elle mobilise déjà.
