Comment la Guinée a devancé la Côte d’Ivoire et le Sénégal avec 7,8 milliards de dollars d’investissements directs étrangers

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En 2025, la Guinée a capté 7,8 milliards de dollars d’investissements directs étrangers, une envolée de 457 % en un an qui la propulse au premier rang ouest-africain et au deuxième rang continental. C’est ce que révèle le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, publié début juillet. Un chiffre qui dépasse largement ceux affichés par la Côte d’Ivoire et le Sénégal, deux poids lourds traditionnels de la sous-région.

Un bond que personne n’avait vu venir

7,8 milliards de dollars, contre seulement 1,4 milliard en 2024. La CNUCED calcule une progression de 457,14 %, la plus forte enregistrée sur le continent en 2025. Ce résultat place la Guinée juste derrière l’Égypte, qui conserve la tête du classement avec 15,45 milliards de dollars, portés par le mégaprojet touristique et financier de Ras El-Hekma. Le Mozambique complète le podium avec 5,7 milliards.

À l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, l’écart est frappant. La Côte d’Ivoire, longtemps citée comme la locomotive économique de la zone UEMOA, a attiré 2,03 milliards de dollars en 2025, contre 1,48 milliard en 2024. Le Nigeria, géant démographique et pétrolier de la région, a capté 4 milliards de dollars. La Guinée dépasse donc numériquement ses deux voisins réunis, une situation inédite pour un pays dont le PIB reste très inférieur au leur.

Simandou, le moteur presque unique de cette envolée

Cette montée en puissance repose quasi exclusivement sur deux minerais, la bauxite et le fer. L’élément déclencheur est l’entrée en production, fin 2025, du gisement de fer de Simandou, l’un des plus importants gisements inexploités au monde, niché dans le sud-est du pays. Porté par un consortium associant Rio Tinto, le groupe chinois Winning et l’État guinéen, le chantier a mobilisé des dizaines de milliards de dollars en infrastructures ferroviaires et portuaires ces dernières années. Sa bascule vers la production a fait décoller les flux enregistrés en 2025.

Le gouvernement a adossé cette dynamique à un programme baptisé «Simandou 2040», une stratégie de transformation sur quinze ans qui prévoit 36 réformes et plus de 120 projets structurants, pour une ambition d’investissement totale avoisinant les 200 milliards de dollars sur la période.

Pourquoi les capitaux affluent maintenant

L’attrait guinéen ne tient pas seulement au sous-sol, il tient aussi au timing. La CNUCED note que l’investissement mondial se concentre de plus en plus sur un petit nombre de projets d’envergure, les dix principaux annoncés en 2025 représentant à eux seuls près de 40 % de la valeur totale mondiale annoncée. Dans ce contexte de sélectivité accrue, un gisement de la taille de Simandou, capable d’absorber des dizaines de milliards en une seule vague, devient un aimant à capitaux, même dans un continent où les flux globaux ont reculé de 26 % en 2025 pour retomber à 70 milliards de dollars. La Guinée capte ainsi, à elle seule, plus de 11 % de tout ce que l’Afrique a reçu l’an dernier.

Le revers d’une médaille minière

Le contraste avec ses voisins éclaire une fragilité que la Guinée devra surveiller. Le Sénégal en offre l’illustration la plus brutale. Après avoir attiré près de 3,3 milliards de dollars en 2024 grâce aux projets pétroliers et gaziers de Sangomar et de Greater Tortue Ahmeyim, ses IDE se sont effondrés à 337 millions de dollars en 2025, soit une chute de près de 90 %. La raison tient en grande partie à la fin de la phase de construction de ces projets, désormais entrés en exploitation, un phénomène que les économistes considèrent comme structurel dans l’industrie extractive.

La Côte d’Ivoire, à l’inverse, doit sa relative stabilité à la diversification de son économie, répartie entre agro-industrie, services financiers et transport. Ses volumes sont plus modestes, mais moins exposés au cycle d’un seul mégaprojet.

Ancrer la dynamique au-delà des mines

Consciente du risque, l’agence guinéenne de transformation économique, le Guinea Development Board, a salué le classement tout en appelant à la prudence. L’enjeu désormais est de diversifier les investissements au-delà des mines et de transformer ces flux financiers en emplois locaux et en chaînes de valeur régionales, notamment via la zone de libre-échange continentale africaine. Le pari guinéen n’est pas encore gagné. Il vient tout juste de commencer.


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