
À lui seul, le Cameroun représente la moitié du PIB et la moitié des réserves de change de toute la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, six pays réunis. Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement, publié le 11 juillet 2026, confirme cette suprématie régionale tout en révélant des fragilités qui, vu ce poids, ne concernent plus seulement Yaoundé.
La moitié d’une union à six pays
Le PIB camerounais est passé de 27,5 milliards de dollars en 2010 à 60,6 milliards en 2025, une progression qui a consolidé sa position de première puissance économique de la CEMAC, la zone monétaire qui regroupe, outre le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Sur ces six pays, un seul concentre donc la moitié de la richesse produite et la moitié des devises détenues en commun.
Le pays s’étend sur 476 000 km² et compte 29,12 millions d’habitants en 2025, une population supérieure à celle de tous ses voisins de la zone réunis. Il partage des frontières avec six pays, dont cinq membres de la CEMAC, ce qui en fait aussi la charnière géographique de l’union.
Un poids qui dépasse les seuls chiffres macroéconomiques
Cette centralité ne se lit pas seulement dans les statistiques du rapport. Depuis le 5 juillet 2019, Douala abrite le siège de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, née de la fusion entre l’ancienne bourse de Libreville et la Douala Stock Exchange. Le régulateur régional est resté au Gabon, mais c’est bien la capitale économique camerounaise qui concentre désormais toutes les opérations boursières de la sous-région.
Un colosse dont l’ancrage se fragilise
Le rapport pointe pourtant des signaux inquiétants pour ce pilier régional. Les réserves de change camerounaises ont reculé de 6,5 mois de couverture des importations en 2024 à 6,1 mois en 2025, tandis que le déficit du compte courant s’est détérioré, passant de 3,3% à 3,9% du PIB sur la même période. Le pays reste par ailleurs sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) depuis juin 2024, une situation qui complique l’accès de tout le secteur financier camerounais à certains circuits internationaux.
À cela s’ajoute une exposition bancaire croissante au risque souverain. Les avoirs des banques camerounaises en titres publics sont passés de 2,3% de leurs actifs en 2010 à 32% à fin juin 2025, un niveau qui pourrait, selon le rapport, se traduire par un effet d’éviction du crédit au secteur privé et des risques pour la stabilité systémique.
Un géant régional, mais un poids plume continental
Ce contraste vaut aussi à l’échelle du continent. Membre de la Banque africaine de développement depuis le 10 septembre 1964, le Cameroun ne pèse que 0,926% des voix au Conseil d’administration de l’institution au 23 avril 2026, un chiffre qui tranche radicalement avec sa domination sur son propre voisinage monétaire. Le pays qui pèse la moitié d’une union régionale se retrouve minoritaire dès qu’il change d’échelle, et c’est justement cette moitié qui rend ses propres vulnérabilités difficiles à isoler du reste de la CEMAC.
