PI-SPI de la BCEAO : Wave, le grand absent qui pèse lourd

PI-SPI

Un mois après l’échéance fixée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à l’ensemble des établissements financiers de l’UEMOA, la liste des participants autorisés à ouvrir au public les services de paiement instantané «PI-SPI» s’est encore étoffée au 31 juillet 2026, portée par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Banques panafricaines, opérateurs de monnaie électronique et institutions de microfinance s’y bousculent. Un nom continue pourtant de manquer à l’appel dans ces deux marchés précis, celui de Wave, dont l’application au pingouin bleu revendique la première place du mobile money.

Le PI-SPI, ou la fin des cloisons entre comptes

Le «PI-SPI» est une infrastructure régionale qui permet à quiconque détient un compte dans une banque, un établissement de monnaie électronique ou une institution de microfinance de l’un des huit pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) d’envoyer ou de recevoir de l’argent en quelques secondes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, quel que soit l’établissement du destinataire. Officiellement lancée le 30 septembre 2025 à Dakar par le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou, la plateforme remplace des délais de virement qui pouvaient grimper jusqu’à 48 heures entre deux établissements différents, ramenés désormais à moins de dix secondes.

L’ambition affichée par la banque centrale dépasse la simple rapidité. Aucun frais n’est facturé aux particuliers pour les transferts effectués au niveau national, et l’institution vise un taux d’inclusion financière d’au moins 90% de la population adulte de l’UEMOA d’ici 2030. Concrètement, un client de Bridge Bank en Côte d’Ivoire peut désormais régler un commerçant abonné à un autre établissement, ou un client d’Ecobank au Sénégal transférer de l’argent à un proche client de la Coris Bank au Mali, sans se soucier de la compatibilité de leurs systèmes respectifs.

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire en tête du peloton

Depuis son lancement avec 62 participants, le réseau n’a cessé de s’élargir, avec 74 institutions connectées fin février 2026 puis 80 début avril, réparties entre 59 banques, neuf établissements de monnaie électronique, onze institutions de microfinance et un établissement de paiement. La Banque centrale avait fixé au 30 juin 2026 la date limite pour que l’ensemble des acteurs supervisés achèvent leur connexion technique.

Un mois après cette échéance, la liste arrêtée au 31 juillet 2026 confirme la domination des deux plus gros marchés de mobile money de la zone, le Sénégal comptant 24 participants autorisés, suivi de près par la Côte d’Ivoire avec 23. Le Mali (14) et le Burkina Faso (13) suivent, loin devant le Bénin (11) et le Togo (9), tandis que la Guinée-Bissau et le Niger ferment la marche avec 5 participants chacun.

Wave, l’absent qui pèse le plus lourd

C’est justement dans ces deux marchés les mieux dotés que l’absence de Wave interroge le plus. Selon son propre directeur général en Côte d’Ivoire, Katier Bamba, la fintech au pingouin bleu revendiquait plus de 70% du marché des paiements mobile money ivoirien en mars 2024, un chiffre ramené à 60% lors d’un bilan présenté fin avril 2026, pour plus de 21 millions de comptes ouverts dans le pays. Au Sénégal, son marché d’origine depuis 2018, la fintech est régulièrement présentée par ses propres dirigeants comme leader du secteur, une position qu’un concurrent comme Orange conteste ouvertement, revendiquant lui-même près de la moitié du marché mobile money ivoirien selon une analyse de l’École de guerre économique. Ces chiffres restent invérifiables de façon indépendante, aucune statistique officielle de part de marché par opérateur n’étant publiée par la BCEAO, et alimentent depuis plusieurs années une bataille de communication entre les deux entreprises.

Une équation réglementaire à deux vitesses

L’explication de cette absence n’est pas tout à fait la même des deux côtés de la frontière. Au Sénégal, Wave Digital Finance, la filiale qui porte les activités du groupe, dispose depuis 2022 d’un agrément d’établissement de monnaie électronique délivré directement par la BCEAO, au même titre qu’Orange Finances Mobiles Sénégal ou Mobile Cash. Sur le strict plan réglementaire, rien n’empêcherait donc la fintech de rejoindre «PI-SPI» dans ce pays.

En Côte d’Ivoire en revanche, le registre des émetteurs de monnaie électronique tenu par la Banque centrale ne recense pas Wave parmi les établissements agréés de façon indépendante, à la différence d’Orange Money, de MTN Mobile Money ou de Moov Money. Katier Bamba le confirmait lui-même fin avril 2026, précisant que son entreprise opère sous le contrôle de deux banques partenaires pour sécuriser les fonds de ses clients ivoiriens, une configuration régulièrement avancée par la presse économique régionale pour expliquer l’absence du nom Wave sur la liste ivoirienne des participants autorisés.

D’après une enquête économique publiée en janvier 2026, cet attentisme ne serait toutefois pas seulement d’ordre réglementaire. L’interopérabilité promise par «PI-SPI» touche directement au modèle qui a fait le succès de Wave depuis 2018, des frais plafonnés à 1% et une expérience jusque-là fermée qui fidélisait ses utilisateurs par défaut. En ouvrant les transferts vers tous les opérateurs sans surcoût, la plateforme de la BCEAO efface une partie de l’avantage compétitif que la fintech avait patiemment construit. La même enquête relevait qu’au 15 janvier 2026, seuls 221 000 utilisateurs avaient créé leur alias «PI-SPI» dans toute l’UEMOA, signe d’un démarrage globalement poussif, indépendant du seul cas Wave. De son côté, la fintech a créé en octobre 2025 sa propre banque commerciale, «Wave Bank Africa», dotée d’un capital de 20 milliards de FCFA, une entité qui pourrait à terme lui ouvrir une voie d’accès à «PI-SPI» par le statut bancaire plutôt que par celui d’émetteur de monnaie électronique.

Un rendez-vous que Wave n’a pas encore honoré

Rien n’indique que cette situation soit figée. Le groupe multiplie les signaux d’ouverture vers les services bancaires classiques, et la Banque centrale continue d’élargir sa liste à chaque mise à jour. Reste qu’un mois après la date limite de connexion imposée à l’ensemble du secteur, l’opérateur qui aurait le plus à gagner en clientèle grâce à l’interopérabilité, et le plus à perdre en avantage tarifaire, est aussi celui qui continue de s’en tenir à l’écart.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture