PORTEO Group : l’irrépressible ascension d’un bâtisseur ivoirien devenu panafricain

En 2011, dans une Côte d’Ivoire qui sort à peine d’une décennie de crises, un entrepreneur ivoiro-libanais du nom de Hassan Dakhlallah crée une petite structure de développement urbain, NSE.CI. Un an plus tard naît Porteo BTP. Quinze ans plus tard, le groupe ivoirien qui en est issu opère dans sept pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, emploie plus de dix mille personnes et affiche un chiffre d’affaires de 737 millions d’euros. Retour sur la trajectoire de l’un des acteurs du BTP les plus en vue du continent.

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D’une entreprise familiale à un groupe structuré

NSE.CI, à sa création, est une filiale ivoirienne du groupe libanais Nicolas Srouji Establishment for Contracting. En 2015, l’entreprise s’en détache et poursuit son développement sous le seul contrôle de Hassan Dakhlallah, qui la rebaptise Porteo BTP en 2020. Elle absorbe au passage Ekacico, une société jusque-là spécialisée dans la promotion immobilière. Les premiers grands contrats du groupe s’inscrivent dans le programme national d’urgence en infrastructures lancé par le président Alassane Ouattara, une période qui permet au jeune groupe de bâtir sa réputation dans les travaux routiers.

La progression financière suit. En 2018, Porteo BTP revendique environ 70 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires. En 2021, ce chiffre grimpe à 285,5 milliards de francs CFA, en hausse de 24 % sur un an. En 2024, treize ans après la création de NSE.CI, l’entreprise entre dans le classement des 500 plus grandes entreprises africaines de Jeune Afrique, à la 342e place. « Il n’y a pas de raccourci », résume aujourd’hui Hassan Dakhlallah, en repensant à ces quinze années de construction.

Le groupe revendique désormais une présence dans sept pays, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Sénégal, le Gabon, le Congo et la Guinée, plus de 10 200 collaborateurs selon son fondateur, un chiffre que ses communications de recrutement les plus récentes portent à plus de 12 000, et plus de 3 000 kilomètres de routes livrées, contre un peu plus de 2 000 kilomètres revendiqués deux ans plus tôt. L’ensemble s’organise aujourd’hui autour de 35 filiales et huit pôles d’activité.

Un socle BTP, des métiers de plus en plus diversifiés

Le cœur historique du groupe reste la construction d’infrastructures. Le pôle Routes fait de Porteo BTP le principal acteur ivoirien des grands chantiers routiers, avec une expertise qui couvre autoroutes, ponts, tunnels et routes régionales, et des opérations désormais étendues au Gabon, au Bénin et au Togo.

Le pôle Industrie fournit au groupe ses propres capacités de production, au plus près des chantiers. Sa filiale béninoise Technic Béton, spécialisée dans le béton prêt à l’emploi, a organisé en mars 2026 à Cotonou la deuxième édition du « Technic Béton Talking Day », en partenariat avec l’Ordre National des Ingénieurs Civils du Bénin. Le pôle Construction et Bâtiments prend en charge les projets résidentiels, commerciaux, industriels et publics, en Côte d’Ivoire comme, plus récemment, au Sénégal. Le pôle Aménagement, porté notamment par la filiale Ekacico, couvre l’urbanisme, la planification foncière et les programmes immobiliers mixtes, logements, bureaux et commerces combinés.

De nouveaux relais de croissance

Depuis l’arrivée de Papa Amadou Sarr à la direction générale, le groupe assume une diversification plus nette au-delà du BTP traditionnel. Dans l’hôtellerie, Dalia Hospitality, fonds d’investissement lancé en janvier 2023 avec le groupe hôtelier français Centaurus et dirigé par Pedro Novo, ancien cadre de Bpifrance, ambitionne d’investir plus de 500 millions d’euros en cinq ans en Afrique et en Europe. En Côte d’Ivoire, cinq projets sont déjà identifiés, avec l’objectif de créer plus de 1 000 emplois directs d’ici 2028, avant une extension prévue au Sénégal, au Bénin et au Togo.

Le groupe investit également le numérique. En 2024, Porteo a signé avec l’État gabonais un accord pour la construction d’un centre de données national à Libreville, soutenu par l’Agence française de développement, après un premier projet similaire mené en Côte d’Ivoire. Sur l’agro-industrie, des études sont en cours pour développer des activités agricoles et avicoles au Togo, en Côte d’Ivoire et au Gabon, dans un contexte de préoccupations croissantes pour la souveraineté alimentaire du continent. Le groupe évoque aussi de nouveaux projets dans l’eau et l’assainissement, en Guinée, au Bénin et au Sénégal.

Une gouvernance qui se professionnalise

Longtemps identifié à la seule figure de son fondateur, PORTEO a franchi une étape en nommant Papa Amadou Sarr directeur général à compter du 1er octobre 2025. Diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’un certificat de Harvard, l’ancien ministre délégué sénégalais chargé de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes a occupé des fonctions à l’OCDE et à la fondation Bill & Melinda Gates, avant de diriger la mobilisation, les partenariats et la communication à l’Agence française de développement. Hassan Dakhlallah, resté président du conseil d’administration, a présenté cette arrivée comme une étape clé pour renforcer l’impact du groupe, promettant une Afrique qui construit, transforme, innove et élève ses standards, selon les mots de Papa Amadou Sarr lui-même.

Cette réorganisation s’est traduite, fin janvier 2026, par la tenue à Grand-Bassam du premier « Porteo Group Summit », qui a réuni l’ensemble des directions de filiales autour d’un bilan de l’année 2025 et de priorités 2026 resserrées sur le changement d’échelle, des investissements ciblés et une discipline financière renforcée. Le mouvement se poursuit, selon Africa Intelligence, qui rapportait le 17 août 2026 que Jean-Marc Koffi Brou, conseiller financier du Premier ministre ivoirien, s’apprêterait à son tour à rejoindre le groupe comme secrétaire général.

Le capital humain, un axe revendiqué

Le groupe met en avant des indicateurs sociaux précis. Selon Papa Amadou Sarr, 8 % des effectifs sont des femmes, 53 % ont moins de 35 ans et 23 nationalités sont représentées au sein du groupe, qui revendique également plus de 80 % de personnel local dans chacun des pays où il opère. En mai 2026, PORTEO BTP Côte d’Ivoire a obtenu une triple certification internationale ISO 9001, ISO 45001 et ISO 14001, délivrée par Apave Certification à l’issue d’un audit conduit entre décembre 2025 et mars 2026. Son directeur général Gérard Kouassi y voit la traduction de l’exigence quotidienne du groupe et son ambition de délivrer des projets à forte valeur ajoutée. Le groupe a également pris part, en mai 2026, à la troisième édition de la Foire Nationale de l’Emploi et du Recrutement à Abidjan.

La Fondation PORTEO, un engagement social structuré

Créée officiellement en 2024 par Hassan Dakhlallah et son épouse, la Fondation PORTEO, présidée par Emmanuel Kalou, concentre son action autour de quatre axes, la santé, l’éducation, l’environnement et le développement communautaire, dans les cinq pays où le groupe est implanté. Son bilan de deux ans, présenté en mars 2026 à Abidjan, fait état d’un impact enregistré dans 24 régions de Côte d’Ivoire. Parmi ses actions récentes figurent la réhabilitation de sanitaires scolaires à Toumodi, un appui à une école primaire de San Pedro en partenariat avec l’Unicef, la distribution de kits scolaires dans le Sud-Comoé et la prise en charge chirurgicale de onze enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale à Yamoussoukro.

Depuis 2024, la fondation mène aussi, aux côtés de l’association Espérance’s Hop et de la neurochirurgienne Espérance Broalet, un programme de prise en charge d’enfants atteints d’hydrocéphalie et de spina bifida. Pour 2026, elle prévoit d’étendre son action hors de Côte d’Ivoire, avec la prise en charge de 1 000 enfants prématurés au Sénégal et la distribution de 1 000 kits scolaires chacun au Togo et au Bénin.

Un groupe qui vise désormais le continent

PORTEO multiplie les prises de parole sur la scène panafricaine. En novembre 2025, le groupe était présent au Forum d’Affaires Côte d’Ivoire-Gabon à Libreville, représenté par les directeurs généraux de ses filiales gabonaise et ivoirienne. En avril 2026, Papa Amadou Sarr est intervenu au Forum Investir en Afrique à Paris. En mai 2026, le groupe a enchaîné Africa Forward à Nairobi et l’Africa CEO Forum à Kigali, devant plus de 2 500 décideurs venus de tout le continent, un an après avoir été présenté comme champion national ivoirien lors de l’édition abidjanaise du même forum.

Cette visibilité s’accompagne de distinctions pour son fondateur. Hassan Dakhlallah a reçu en 2024 un trophée de la coopération Sud-Sud du Forum international Afrique développement, et le titre de « Bâtisseur de l’année » que lui attribue la Banque africaine de développement. Le groupe affiche désormais une ambition claire, tripler son chiffre d’affaires à l’horizon 2030 et s’implanter dans de nouveaux marchés anglophones et lusophones, dont le Ghana, l’Angola et la Tanzanie.

L’étape suivante

En quinze ans, ce qui n’était qu’une filiale locale d’un groupe libanais est devenu, sous la houlette de Hassan Dakhlallah, un conglomérat panafricain organisé autour de huit pôles d’activité, une gouvernance élargie à un dirigeant venu de l’AFD et une fondation active dans cinq pays. Les prochaines années diront si cette diversification, du BTP à l’hôtellerie en passant par les centres de données et l’agro-industrie, tient la promesse d’un chiffre d’affaires triplé d’ici 2030. Pour l’heure, le groupe continue d’ajouter des chantiers, des filiales et des pays à une carte qui, depuis Abidjan, s’étend chaque année un peu plus loin sur le continent.

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