
Pékin accueille jusqu’au 26 août la deuxième édition des «World Humanoid Robot Games», avec 666 équipes et plus de 2 000 robots venus de 16 pays répartis sur six continents. Dans la liste des nations engagées, aucun pays africain n’apparaît, un symbole frappant mais qui ne résume pas l’ampleur réelle du problème. Les statistiques mondiales de l’industrie robotique racontent une histoire plus sévère encore, et l’Afrique de l’Ouest y répond à sa manière, loin des projecteurs chinois.
Ce qui s’est joué à Pékin
L’édition 2026 des Jeux a plus que doublé son ampleur en un an, passant de 280 équipes et environ 500 robots en 2025 à 666 équipes et 2 056 robots cette année. Les délégations venaient notamment des États-Unis, d’Allemagne, du Japon et du Brésil, ce dernier ayant même formé une équipe nationale composée de cinq clubs champions de RoboCup. La Chine, hôte de l’évènement, concentrait à elle seule 641 des 666 équipes.
Une absence qui dépasse largement le tournoi de Pékin
Le vrai signal se trouve ailleurs, dans des chiffres nettement moins spectaculaires que des robots sprinteurs. Selon le dernier rapport de la Fédération internationale de robotique, 542 000 robots industriels ont été installés dans le monde en 2024, l’Asie en captant 74%, l’Europe 16% et les Amériques 9%. L’Afrique n’apparaît même pas comme catégorie distincte dans ce classement, elle se fond dans le reste, moins de 1% des nouvelles installations mondiales.
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement confirme cette photographie dans son indice de préparation aux technologies de pointe publié en avril 2025, où figure la robotique aux côtés de l’IA et de l’internet des objets. Aucun pays africain ne se classe parmi les 50 premiers mondiaux, l’Afrique du Sud occupant la meilleure place du continent à la 52e place, suivie du Maroc à la 67e. Le bas du classement mondial regroupe pour sa part plusieurs pays africains, dont la Guinée, la République démocratique du Congo, la Gambie, la Guinée-Bissau et le Soudan du Sud. Le marché africain reste, en valeur, à l’échelle d’une startup occidentale, avec une robotique de service estimée à 659 millions de dollars en 2025 sur tout le continent, et une robotique industrielle limitée à environ 104 millions de dollars.
Ce que l’Afrique de l’Ouest construit, loin des sprints de robots
Le sous-continent ne mise toutefois pas sur la mise en scène. En Côte d’Ivoire, la startup KAYOD Technologies a présenté en juillet à Abidjan un robot autonome combinant intelligence artificielle et téléopération, et le gouvernement veut désormais bâtir un pôle de compétences robotique autour d’elle. Au Burkina Faso, un premier robot conçu localement a servi de tremplin à un projet d’académie polytechnique dédiée à la robotique et à l’intelligence artificielle. Au Mali, le centre RobotsMali forme depuis 2021 une nouvelle génération d’ingénieurs à travers des compétitions et des programmes parascolaires.
Le Sénégal va plus loin encore en misant sur la jeunesse. La Pan-African Robotics Competition, déjà la plus grande compétition de robotique du continent, tiendra sa prochaine édition à Dakar en novembre en marge des Jeux olympiques de la jeunesse. Dakar accueille aussi cette saison le Robotics for Good Youth Challenge, où des adolescents de 10 à 18 ans conçoivent des robots autour de la sécurité alimentaire, un mouvement que le Niger a répliqué à Niamey en mai.
Le pari du bas de la pyramide
Ces initiatives ne rattrapent pas le fossé mesuré par la CNUCED ou l’IFR, et il serait malhonnête de le prétendre. Mais elles dessinent une stratégie cohérente, former d’abord la génération qui construira les robots plutôt que d’en importer pour les faire courir sur une piste pékinoise. Reste une question de rythme, la Chine a quadruplé son parc de robots en compétition en un an. Si la marche de formation ouest-africaine n’accélère pas au même tempo, l’écart risque de se creuser avant même que la région n’ait eu l’occasion de le combler.
