
Moody’s Ratings a bouclé le 21 août une revue périodique de la notation souveraine du Cameroun, maintenue à Caa1 avec perspective stable. L’agence n’annonce aucun changement de note, mais le document publié dresse un diagnostic sans détour, un pays pris entre une facture budgétaire qui s’alourdit et une succession présidentielle toujours dans le flou onze mois après la réélection de Paul Biya.
Ce que confirme réellement Moody’s
Une «revue périodique» n’est pas une décision de notation, c’est un point d’étape que l’agence publie régulièrement pour réexaminer si une note reste justifiée, sans forcément la modifier. Celle-ci a été discutée en comité le 13 août. Sur l’échelle de Moody’s, qui va de Aaa pour les emprunteurs les plus sûrs à C pour ceux proches du défaut, Caa1 se situe sept crans sous la catégorie investissement, dans la zone que l’agence qualifie elle-même de risque substantiel. Le Cameroun y reste depuis plusieurs années, aux côtés d’un nombre restreint de pays jugés proches d’un événement de crédit.
Une succession que la Constitution n’a toujours pas tranchée
Le risque politique domine le raisonnement de Moody’s, et pour cause. Réélu en octobre 2025 avec 53,66% des voix officielles pour un huitième mandat, Paul Biya, 92 ans et plus de quatre décennies au pouvoir, a vu sa victoire contestée par son principal adversaire, aujourd’hui en exil. En avril 2026, le Parlement a voté une réforme constitutionnelle réintroduisant un poste de vice-président disparu depuis les années 1980, présentée précisément comme une réponse à l’inquiétude des agences de notation sur l’absence de mécanisme clair de transition. Le futur vice-président sera nommé et révocable par le président lui-même, non élu, et succédera automatiquement en cas de vacance du pouvoir. Quatre mois après la promulgation du texte, ce poste reste toutefois vacant, ce que Moody’s relève explicitement comme une source persistante d’incertitude.
Les chiffres qui pèsent sur la note
Sur le plan budgétaire, Moody’s a revu sa prévision de croissance à 3,4% pour 2026, en retrait par rapport aux attentes initiales, du fait des retards pris dans l’exécution budgétaire et les négociations d’un nouveau programme avec le FMI. La hausse du prix du pétrole, plutôt favorable à un pays producteur, pèse ici à l’envers, elle gonfle le coût des subventions au carburant et devrait porter le déficit à 2,5% du PIB. La dette publique grimperait quant à elle à 45% du PIB, contre environ 42% en 2025, notamment parce que l’État reprend à son compte des engagements de l’opérateur national d’électricité. Sur des besoins de financement annuels estimés à 10% du PIB, seule la moitié avait été mobilisée à fin juin, et à un coût plus élevé qu’à l’accoutumée faute d’accès suffisant aux marchés, un marché régional CEMAC lui-même décrit comme saturé.
Ce qui ferait bouger la note
Moody’s trace une trajectoire à double sens plutôt qu’un simple constat d’échec. Une amélioration passerait par un accès plus large à la liquidité, notamment via des émissions de dette à plus longue échéance sur le marché régional, par une réduction des arriérés de paiement intérieurs et surtout par la mise en œuvre effective et pacifique du nouveau schéma de succession. À l’inverse, une aggravation de l’accès au financement, des dérapages budgétaires plus marqués que prévu, ou la matérialisation du risque politique sous forme de transition désordonnée, pourraient entraîner une dégradation. Pour l’instant, le Cameroun avance sur cette ligne de crête sans être tombé d’un côté ni de l’autre, ce qui explique pourquoi Moody’s choisit de maintenir la note plutôt que de trancher.
