
Le 8 mai 2026, la BCEAO organisait à Dakar une conférence internationale réunissant plusieurs gouverneurs de banques centrales africaines autour des crypto-actifs et des stablecoins. C’est pourtant son homologue de la zone CEMAC qui y a fait l’annonce la plus tranchée, pendant que la BCEAO elle-même en reste, deux mois et demi plus tard, à une posture de prudence sans calendrier. Deux banques centrales de la zone franc, un même problème, deux vitesses de décision.
Une même conférence, deux réponses opposées
L’événement, organisé par la BCEAO à Dakar, s’est clôturé par une table ronde des gouverneurs des banques centrales invitées. C’est là que le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, en poste depuis mars 2024, a affirmé que sa banque centrale n’autorisera qu’un franc CFA numérique adossé à une parité stricte de un pour un avec la monnaie existante, écartant tout stablecoin privé libellé en dollar. Il a résumé sa position en une phrase, « un franc CFA, un franc CFA numérique, adapté au cadre de coopération existant ».
Le calcul de souveraineté monétaire de la BEAC
Derrière cette fermeté, un chiffre préoccupe l’institut d’émission. Les réserves de change de la zone CEMAC s’élevaient fin 2024 à 11,3 milliards de dollars, soit 4,2 mois de couverture des importations, en dessous du seuil de cinq mois recommandé par le FMI. Chaque achat de stablecoin en dollar mobilise des devises réelles vers des portefeuilles numériques hors zone, ce que la BEAC veut éviter. Le Kenya, confronté au même choix, dispose lui de 6,2 mois de couverture et a préféré réguler les stablecoins existants plutôt que d’en créer un concurrent public, une marge de manœuvre que la zone CEMAC n’a pas.
La BCEAO, hôtesse de la conférence, encore sans calendrier
La BCEAO avait pourtant elle-même annoncé, lors de cette même journée du 8 mai, la création d’un comité chargé d’élaborer une réglementation régionale des cryptomonnaies, le «C-CRYPTO», ainsi que des réflexions sur sa propre monnaie numérique, baptisée «e-CFA». Deux mois et demi plus tard, le 22 juillet, son gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a pourtant dû reconnaître, en marge de la présentation du rapport annuel de l’institution, qu’aucun texte n’était encore prêt. Il a résumé la ligne de l’institution en une phrase, « Ce n’est pas une monnaie. Ce n’est pas réglementé. Donc soyez prudents. » Sur les stablecoins spécifiquement, le gouverneur a renvoyé le dossier à l’Association des banques centrales africaines, une instance présidée par Sana Bangui lui-même depuis novembre 2025.
Le compteur tourne pendant que les textes se rédigent
Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique subsaharienne a enregistré près de 205 milliards de dollars de transactions liées aux crypto-actifs, en hausse de 52% sur un an, tandis que l’espace UEMOA compte déjà plus de 280 millions de comptes de monnaie électronique. La BEAC a choisi de fixer sa règle avant que l’usage ne s’installe. La BCEAO, elle, continue de mesurer avant de trancher, avec le risque de devoir réguler un usage déjà massif plutôt que d’en dessiner les contours à l’avance.
