Data centers : l’Afrique ne capte qu’à peine 1% des investissements cloud mondiaux

Data center

En 2026, Amazon, Microsoft et Google investissent ensemble plus de 500 milliards de dollars dans les infrastructures numériques mondiales. Un rapport de la Banque mondiale publié en juin 2026 identifie ce que l’Afrique en a réellement capté ces trois dernières années, et pointe une cause qui n’a rien à voir avec un désintérêt des géants du cloud pour le continent. Le vrai obstacle à la souveraineté numérique africaine n’est peut-être pas celui que l’on croit.

Un centième du gâteau mondial

Entre 2023 et 2025, l’Afrique n’a attiré qu’environ 3,5 milliards de dollars sur les plus de 500 milliards que les hyperscalers déploient chaque année dans le monde, selon Synergy Research Group. Le continent compte aujourd’hui 223 centres de données répartis dans 38 pays, l’Afrique du Sud en concentrant 56, le Kenya 19 et le Nigeria 17. Une poignée d’entreprises, Amazon, Microsoft, Google, Oracle, Alibaba et Huawei, contrôlent à elles seules plus de 70% du marché mondial du cloud, ce qui laisse peu de marge de négociation aux gouvernements qui traitent seuls avec elles.

Le vrai obstacle n’est pas l’argent, c’est la dispersion réglementaire

Dans la plupart des pays africains, un opérateur cloud qui souhaite s’implanter doit composer avec un ministère des Télécommunications qui fixe la politique cloud, un régulateur qui délivre les licences, une agence de cybersécurité qui impose ses propres normes et une autorité de protection des données qui ajoute ses propres exigences, sans qu’aucune coordination formelle ne relie ces institutions entre elles. La Banque mondiale recommande d’y répondre par un guichet unique, une autorité chef de file capable de piloter l’ensemble du dossier cloud. Le think tank New America va plus loin, en soulignant que cette dispersion se joue aussi à l’échelle du continent, chaque pays négociant seul des conditions structurellement moins favorables que celles qu’obtiendrait un bloc régional uni.

Rwanda et Nigeria, deux trajectoires opposées

Le Rwanda a centralisé au sein d’une seule agence, la Rwanda Information Society Authority, les décisions liées au cloud, à la cybersécurité et à la protection des données. Microsoft y a investi, et AWS y a déployé en avril 2026 sa technologie hybride «Outposts» avec un partenaire local. Le Nigeria illustre la trajectoire inverse. Le pays a tenté, avec son «Digital Economy Bill» de 2025, de confier un mandat central unique à son agence des technologies de l’information, avant que des acteurs du secteur privé n’alertent sur le risque de créer un nouveau monopole réglementaire aussi bloquant que la fragmentation qu’il devait résoudre. Le débat n’est toujours pas tranché.

L’électricité, angle mort d’une souveraineté qui se veut numérique

La réglementation ne suffit pas non plus à garantir l’autonomie recherchée. Les 17 centres de données nigérians, concentrés à 14 sur Lagos, réclament déjà environ 137 mégawatts, alors que le réseau électrique national ne fournit en moyenne que quatre heures de courant par jour, forçant les opérateurs à dépendre de générateurs diesel. Le Kenya prend un chemin différent, avec un futur centre de données de 100 mégawatts porté par Microsoft et G42 dans la zone géothermique de Naivasha, adossé à un réseau électrique déjà alimenté à plus de 60% par des énergies renouvelables. La souveraineté numérique se joue donc autant dans les centrales électriques que dans les textes de loi.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture