Niger : l’usine de smartphones locaux qui pourrait coûter plus cher que l’importation

Smartphone

Le 20 août 2026, une délégation gouvernementale a inspecté le chantier d’une usine d’assemblage de smartphones à Hamdallaye, dans la région de Tillabéri. L’objectif affiché est de rendre les appareils plus accessibles, dans un pays où plus de huit adultes sur dix n’en possédaient pas en 2024. Les données disponibles sur des expériences similaires ailleurs sur le continent suggèrent pourtant que le calcul n’a rien d’évident.

Une usine à 63% d’avancement, pour combler un vrai vide

Le chantier, porté par l’entreprise DHY Technologie SA, représente un investissement annoncé d’environ 2,94 milliards de francs CFA et doit créer 275 emplois permanents. Les autorités visent une mise en service d’ici fin octobre pour cette unité destinée à assembler smartphones, tablettes et ordinateurs. Selon la Banque mondiale, seuls 18,24% des Nigériens de plus de 15 ans possédaient un smartphone en 2024, alors que 58,9% disposaient déjà d’un téléphone mobile et que 39,5% de la population avait accès à internet, un écart qui pointe précisément vers le prix de l’appareil comme verrou principal.

Le vrai problème n’est pas la disponibilité, c’est le prix

Un rapport de la GSMA publié en décembre 2025 chiffre ce verrou. Le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme en Afrique subsaharienne atteignait 39 dollars en 2024, soit 26% du revenu moyen, une part qui grimpe à 64% pour les 40% les plus pauvres et jusqu’à 87% pour les 20% les plus pauvres. L’écart se creuse aussi selon le genre, l’équivalent de 32% du revenu des femmes contre 23% pour les hommes.

Fabriquer localement ne réduit pas forcément la facture

C’est là que le pari nigérien se heurte à des données peu favorables. Une étude menée au Rwanda estime que le coût de fabrication ou d’assemblage d’un téléphone en Afrique reste en moyenne supérieur d’environ 5% à celui d’un appareil produit en Chine ou à Taïwan puis importé, en raison du coût des matières premières et de la main-d’œuvre. L’effet réel sur les prix à Hamdallaye dépendra du niveau d’intégration locale et des volumes atteints, mais l’hypothèse d’une baisse mécanique n’a rien d’acquis.

Le précédent kényan, un avertissement à ne pas ignorer

Le Kenya a déjà tenté l’expérience. Un partenariat public-privé y a lancé dès octobre 2023 une usine d’assemblage de smartphones abordables, l’usine «EADAK», qui avait produit cinq millions d’unités en janvier 2026, vendues entre 46 et 62 dollars. Malgré ce prix cassé, la GSMA constate une diffusion limitée, les consommateurs percevant ces appareils comme moins attractifs que les modèles Infinix, Itel, Redmi ou Vivo déjà installés sur le segment d’entrée de gamme. Baisser le prix ne suffit pas toujours à changer les habitudes d’achat.

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