Sénégal : Moody’s dégrade la note pour la cinquième fois en moins de deux ans, en pleine mission du FMI

senegal

Le 28 août 2026, Moody’s a abaissé la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, avec perspective négative maintenue. La décision tombe alors qu’une mission du Fonds monétaire international se trouve sur place à Dakar pour négocier les contours d’un nouveau programme, et qu’un organe de l’Union africaine avait déjà publiquement mis en cause le rythme des dégradations précédentes.

Une cinquième dégradation en moins de deux ans

La nouvelle note, Caa2 avec perspective négative, s’inscrit dans une trajectoire déjà longue. Depuis octobre 2024, le Sénégal est passé de Ba3 à Caa2, soit cinq crans de dégradation en quatre actions distinctes. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, un organe de l’Union africaine, avait déjà jugé en octobre 2025 que le rythme de ces dégradations successives, alors quatre crans en douze mois, était disproportionné au regard des évolutions macroéconomiques réelles du pays.

Une dégradation qui tombe en pleine négociation avec le FMI

Cette nouvelle décision intervient alors qu’une mission du FMI est présente à Dakar du 19 août au 1er septembre pour discuter d’un nouveau programme, toujours absent plus d’un an après le début des tensions. En l’absence de ce filet de sécurité, l’État sénégalais couvre désormais près de 25% de ses besoins de financement via le marché régional de l’UEMOA, ce qui a fait grimper le poids des intérêts de la dette, passés de 16,1% à 23,7% des revenus de l’État entre 2023 et 2026.

Ce qui limite la chute, une réserve régionale plutôt qu’une solidité nationale

Si la dégradation n’a été que d’un cran, c’est largement grâce à un mécanisme qui dépasse le seul Sénégal. Les réserves de change mutualisées de l’UEMOA avoisinaient un niveau record de 38 milliards de dollars fin mai 2026, et l’arrimage du franc CFA à l’euro, garanti par le Trésor français, écarte le risque d’une crise de change classique. Moody’s traite donc séparément deux risques que l’on confond souvent, la stabilité de la monnaie, protégée par l’appartenance régionale, et la capacité de l’État à rembourser sa propre dette, qui continue de se dégrader indépendamment du reste de l’union monétaire.

Une dette qui grossit plus vite que la marge de manœuvre politique

La dette publique totale, entreprises publiques comprises, atteint désormais environ 108% du PIB. Moody’s pointe aussi des tensions institutionnelles concrètes, la destitution de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ayant ravivé les frictions entre exécutif et législatif, dans un contexte où l’insécurité régionale liée à l’activité de groupes extrémistes dans l’ouest du Mali réduit encore la marge de manœuvre budgétaire disponible.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Numeralz

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture