
Le 25 août 2026, le directeur général du groupe MTN, Ralph Mupita, a confirmé que le groupe explore l’obtention de licences bancaires sur certains de ses marchés africains, pour prêter directement depuis son propre bilan plutôt que via des banques partenaires. Un chiffre publié quelques mois plus tôt en Côte d’Ivoire aide à comprendre pourquoi les opérateurs télécoms lorgnent désormais ce terrain. Le crédit, pas les paiements, est devenu l’enjeu.
Ce que MTN a annoncé le 25 août
Lors d’un point avec la presse, Ralph Mupita a résumé l’ambition en une phrase, « la forte croissance actuelle, et celle de demain, sera en réalité le crédit ». Concrètement, MTN étudie les marchés où il dispose à la fois d’une large base de clients et de flux de trésorerie conséquents dans ses portefeuilles numériques, en commençant par le Ghana et l’Ouganda avant, potentiellement, le Nigeria. Le groupe précise que la transition sera sélective plutôt que généralisée, et progressive compte tenu des risques associés au crédit, sans mettre fin à ses partenariats bancaires existants.
Le chiffre qui explique cette ruée vers le crédit
En Côte d’Ivoire, Wave revendiquait déjà plus de 20 millions de comptes ouverts début 2024, contre seulement 7,2 millions de comptes bancaires individuels répartis entre 28 banques agréées dans le pays, pour un taux de bancarisation strict de 22%. Un opérateur télécom ou une fintech peut donc atteindre en quelques années une base de clients que le système bancaire classique n’a jamais réussi à toucher. La question n’est plus de savoir qui détient la relation client, mais qui transforme cette relation en épargne rémunérée et en financement réel de l’économie.
MTN n’est pas seul sur ce terrain
Orange a déjà franchi le pas avec Orange Bank Africa, qui revendique 3 millions de clients et a distribué 640 milliards de francs CFA de crédits pour 585 milliards de francs CFA d’épargne collectée depuis 2020. Wave, de son côté, a constitué Wave Bank Africa S.A. en octobre 2025 à Abidjan, avec un capital de départ de 20 milliards de francs CFA, une demande d’agrément bancaire encore à l’étude. Flutterwave a obtenu en 2026 une licence de banque de microfinance au Nigeria et cherche à étendre ce statut à d’autres marchés, notamment en Afrique de l’Est.
Le vrai goulot d’étranglement n’est pas la collecte, c’est la transformation
Une analyse publiée fin août, s’appuyant sur les données de la Commission bancaire de l’UMOA et de la BCEAO, chiffre ce déséquilibre à l’échelle régionale. En 2025, les dépôts et emprunts du système bancaire de l’UMOA ont progressé de 16%, à 56 200 milliards de francs CFA, quand les crédits n’augmentaient que de 5,5%, à 38 732 milliards. Le taux d’inclusion financière régional atteint 72,3%, mais la bancarisation stricte plafonne à 25,6%. Autrement dit, l’argent rentre plus vite qu’il ne ressort sous forme de prêts, un écart que MTN, Orange, Wave et Flutterwave misent chacun à leur manière sur leur capacité à combler.
