
Le 22 juillet 2026, à Dakar, le gouverneur de la BCEAO a rappelé que les cryptoactifs ne sont ni une monnaie ni un produit réglementé. Le 17 août 2026, le Comité de Veille ivoirien sur les placements financiers illicites a ajouté qu’aucune plateforme n’est agréée en Côte d’Ivoire. Reste une question simple, peut-on acheter du bitcoin sans enfreindre la loi, et à quel risque ?
Ce que dit la loi aujourd’hui
Aucun texte ne régit encore le bitcoin dans l’UEMOA, et la BCEAO n’a fixé aucune échéance. Le 22 juillet 2026, le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a résumé sa ligne en trois phrases, « Ce n’est pas une monnaie. Ce n’est pas réglementé. Donc soyez prudents. » Les stablecoins, ces cryptoactifs adossés à une devise, relèvent selon lui d’une « autre dynamique », renvoyée à l’Association des banques centrales africaines. Un comité baptisé «C-CRYPTO», annoncé lors de la conférence du 8 mai 2026, prépare la future réglementation, en parallèle d’une réflexion sur une monnaie numérique de banque centrale, l’«e-CFA».
Un texte existe cependant pour les prestataires. La loi uniforme du 31 mars 2023 contre le blanchiment de capitaux, reprise en Côte d’Ivoire par l’ordonnance n°2023-875 du 23 novembre 2023 que le Sénat a ratifiée le 10 juin 2024, subordonne l’activité de prestataire de services d’actifs virtuels à un agrément préalable. Dans son communiqué du 17 août 2026, le Comité de Veille précise qu’aucune plateforme n’en dispose à ce jour sur le territoire. Pour un particulier qui achète, la situation relève d’une zone grise, ni interdite ni encadrée.
L’argument des partisans
Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique subsaharienne a enregistré environ 205 milliards de dollars (environ 118 900 milliards FCFA) de transactions liées aux cryptoactifs, soit 52 % de plus en un an, le Togo figurant à plusieurs reprises parmi les pays à forte adoption relative. Les défenseurs y voient un outil d’inclusion financière, de protection de l’épargne et de transferts d’argent moins coûteux entre pays. Chainalysis relie toutefois l’essor des stablecoins aux dévaluations des monnaies locales, comme celle du naira au Nigeria, un moteur moins évident dans une zone CFA arrimée à l’euro.
L’argument des sceptiques
Les risques cités par le gouverneur tiennent en trois points, la volatilité qui expose à des pertes en capital, l’anonymat d’opérations souvent transfrontalières et la vulnérabilité aux cyberattaques. Le Comité de Veille y ajoute les escroqueries, avec des offres d’investissement adossées aux cryptomonnaies, amplifiées par l’intelligence artificielle et diffusées sur les réseaux sociaux, qui exposent à la perte totale des fonds, sans recours, et à la collecte des données bancaires. À l’échelle monétaire, des analystes redoutent aussi une dollarisation par stablecoins, et la BCEAO alerte sur le contournement des dispositifs anti-blanchiment.
Ce que font les voisins
Le Nigeria a reconnu les actifs numériques comme des valeurs mobilières en mars 2025, le Kenya a légiféré en octobre 2025, l’Afrique du Sud encadre les cryptoactifs comme des produits financiers depuis 2022 et le Ghana a institué un régime de licences pour les prestataires. L’UEMOA vise au contraire un cadre unique pour huit États, un exercice plus long qu’une loi nationale, pour lequel aucune date n’a été donnée.
Réguler, tolérer ou interdire ?
En attendant, le Comité de Veille demande de ne souscrire à aucune offre promettant des gains rapides, de vérifier que le prestataire est agréé dans l’Union et de signaler toute offre suspecte au numéro vert 8000 10 10. Trop de règles pourraient pousser ces usages vers des canaux encore moins contrôlables, trop peu laissent les usagers sans protection. Faut-il réguler les cryptos en Côte d’Ivoire, au risque de les légitimer, ou les interdire, au risque de les pousser dans l’ombre ? Dites-nous ce que vous en pensez.
