Côte d’Ivoire : Molo Molo Pay mise sur l’achat à petits pas

Molo Molo Pay

Lancée officiellement le 1er avril 2025, l’application ivoirienne Molo Molo Pay revendique un million d’inscrits en juillet 2026, selon les chiffres communiqués par l’entreprise. Son principe consiste à réserver un article, le payer petit à petit depuis son téléphone et ne le récupérer qu’une fois le prix entièrement réglé. Derrière cette mécanique se dessine un portefeuille numérique qui veut financer aussi bien le réfrigérateur que le loyer ou le mariage.

Payer «molo molo», c’est payer doucement

Le nom de cette fintech, une entreprise de technologie financière, vient d’une expression qui signifie «doucement doucement». L’idée n’est pas d’inventer une nouvelle façon de payer mais de numériser une habitude ancienne, celle du «petit à petit». Son fondateur, l’entrepreneur camerounais Oussoumanou Sehou, le résume ainsi, et sa société dispose de sièges à Abidjan, à Douala et à Maurice.

Le fonctionnement tient en trois étapes. L’utilisateur choisit un article chez un commerçant partenaire, fixe son rythme de versement, quotidien, hebdomadaire, mensuel ou libre, puis alimente son compte depuis Wave, Orange Money, MTN MoMo ou Moov Money. Il récupère ensuite l’article, en point de retrait ou par livraison, une fois le prix réglé à 100 %. La plateforme martèle qu’il ne s’agit ni d’un prêt en argent ni d’un service «acheter maintenant, payer plus tard». La marchandise ne sort qu’après le dernier versement, ce qui limite les risques de surendettement.

Le calendrier peut s’étirer jusqu’à 365 tranches. Pour une moto affichée à 700 000 F, cela ramène l’effort à environ 1 920 F par jour. À titre de repère, le salaire minimum légal (SMIG) est fixé à 75 000 F par mois, il faudrait donc plus de neuf mois de salaire intégralement mis de côté pour payer ce deux-roues comptant.

Un catalogue large, de l’insecticide au smartphone pliable

Côté offre, l’application revendique plus de 5 000 produits répartis en plus de 100 catégories, avec un retrait possible dans plus de 2 000 points partenaires. L’onglet «Boutique» aligne téléphones, réfrigérateurs, téléviseurs, climatiseurs, motos, tricycles, meubles ou consoles de jeux, avec des enseignes comme Sociam, Bollestore ou Yves Telecom. La «Marketplace», organisée par ville, d’Abidjan à Aboisso, Abengourou ou Adzopé, ouvre la porte aux vendeurs indépendants, avec des prix qui vont d’un insecticide agricole à 2 775 F à un smartphone pliable à 400 000 F.

Une rubrique «Promotions» complète le dispositif. En octobre 2026, une montre connectée y est proposée à 9 900 F au lieu de 18 500 F jusqu’au 12 octobre, soit 46 % de moins, et un kit naissance à 12 000 F au lieu de 15 000 F jusqu’au 10 novembre.

Au-delà du frigo, les projets de vie

Le vrai pari de Molo Molo Pay se joue peut-être ailleurs. À côté des achats, l’application propose quinze objectifs d’épargne préconfigurés, parmi lesquels le loyer, la scolarité, le mariage, les fiançailles, le baptême, la caution de maison, le terrain, la construction, le permis de conduire, le passeport ou encore le Hajj et l’Omra, auxquels s’ajoute la création d’un objectif libre. La présentation de l’application cite aussi l’exemple du mouton de Tabaski. Un objectif peut être verrouillé jusqu’à son échéance pour éviter d’y piocher, et l’utilisateur peut aussi changer d’objectif en y transférant sa progression.

L’entreprise prépare par ailleurs l’extension à d’autres dépenses lourdes. Le paiement progressif des primes d’assurance, des billets d’avion et des loyers fait partie des chantiers annoncés. En octobre 2026, la rubrique «Travel» est en maintenance et l’espace «Assurance» indique que le paiement de ces contrats arrive bientôt.

Le portefeuille intègre enfin un solde principal, des transferts gratuits entre utilisateurs, un système de niveaux et de points, des bonus de recharge dans l’espace «Mes Cadeaux» et même des services comme le spa ou la salle de sport. L’acquisition de nouveaux inscrits passe aussi par les utilisateurs eux-mêmes grâce au «Lien rémunéré», un lien d’invitation personnel dont les clics et les installations sont comptabilisés, avec une rémunération prévue pour certaines actions éligibles comme la création d’un compte, une recharge ou une commande.

Une montée en puissance rapide

Après trois mois de pré-lancement, la plateforme a séduit près de 10 000 personnes dès son premier mois d’exploitation. En novembre 2025, elle revendiquait 250 000 utilisateurs actifs et plus de 10 milliards de FCFA de chiffre d’affaires cumulé, soit environ 15,2 millions d’euros ou l’équivalent de quelque 14 000 motos à 700 000 F.

En juillet 2026, l’entreprise annonce un million d’inscrits. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, des utilisateurs actifs d’un côté, des inscrits de l’autre. Elle fait état de 30 000 à 40 000 nouvelles inscriptions chaque mois et d’une communauté de plus de 800 000 abonnés, dont plus de 700 000 sur TikTok. Sur Android, l’application dépasse 500 000 téléchargements pour une note moyenne de 4,4 sur 5.

Pourquoi le modèle prend en Côte d’Ivoire

Le terrain est préparé par le mobile money, ce portefeuille électronique lié à un numéro de téléphone. Le pays comptait 28,6 millions d’abonnements actifs à ce service à fin septembre 2025, pour 60,4 millions d’abonnements mobiles actifs. Les rails de paiement existent donc déjà, et l’application s’y branche au lieu de les recréer.

L’entreprise met en avant des revenus souvent perçus au jour le jour ou de façon irrégulière, pour lesquels une mensualité fixe convient mal. Son fondateur y voit la preuve d’un besoin réel, celui de personnes capables de payer mais pas toujours de mobiliser la totalité d’une dépense d’un seul coup.

Trois défis à relever

Le premier est la discipline d’épargne, car l’article n’est remis qu’au dernier versement et le rythme doit tenir dans la durée. Le deuxième est la logistique, entre points de retrait et livraisons, d’autant que la clientèle s’étend désormais bien au-delà d’Abidjan. Le troisième est la confiance, qui se gagne à chaque article effectivement remis.

Côté terrain, l’entreprise mène depuis juillet 2026 une tournée dans 21 villes de Côte d’Ivoire afin d’intégrer de nouveaux marchands et de se rapprocher de ses utilisateurs. Elle développe aussi «MOLO Business», une plateforme qui permet à un commerçant de créer sa boutique numérique et lui permettra bientôt de générer un lien de paiement à partager sur WhatsApp, Facebook ou Instagram. À plus long terme, les fiches de l’application annoncent une arrivée prochaine au Sénégal, au Mali, en Guinée, au Bénin, au Togo, au Burkina Faso, au Congo, au Gabon et au Niger.

Le pari de la patience

Dans un pays où le mobile money a déjà appris à des millions de personnes à payer depuis un téléphone, Molo Molo Pay parie que la patience peut devenir un modèle économique à part entière. Le «doucement doucement» a séduit les inscrits, reste à le prouver à grande échelle, ville après ville, article remis après article remis.

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