Côte d’Ivoire : quand le mobile money devient une banque

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Wave, la fintech du mobile money, a créé en août 2025 à Abidjan la société Wave Bank Africa, dotée de 20 milliards de FCFA de capital, qui doit encore obtenir son agrément bancaire. De son côté, Orange Bank Africa, née en 2020 dans le sillage d’Orange Money, a annoncé le 26 février 2026 avoir dépassé les 3 millions de clients, dont 80 % en Côte d’Ivoire. Deux géants du portefeuille électronique, deux manières d’entrer dans la banque, et un client ivoirien placé au milieu.

Un ticket d’entrée de 20 milliards de FCFA

Tout commence le 4 août 2025, quand Wave Bank Africa S.A. est constituée à Abidjan avec 20 milliards de FCFA de capital, découpés en deux millions d’actions de 10 000 FCFA. Le capital social, c’est l’argent que les actionnaires placent dans la banque pour absorber d’éventuelles pertes. La société est enregistrée le 22 août, mais l’information n’est rendue publique qu’à la fin octobre 2025. Bamba Abdoulaye Katier, patron de Wave Côte d’Ivoire, en prend la direction générale, et Coura Carine Tine en préside le conseil d’administration.

Le montant n’a rien d’un hasard. Depuis le 1er janvier 2024, la BCEAO, la banque centrale commune aux huit pays de l’UEMOA, a doublé le capital minimum d’une banque, qui passe de 10 à 20 milliards de FCFA. Les établissements déjà en place ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour se mettre à niveau. Wave Bank entre donc pile sur la ligne, sans un franc de marge. Son lancement intervient après une levée de 117 millions d’euros de dette structurée, un emprunt monté sur mesure auprès d’investisseurs, en juin 2025.

Pour prendre la mesure de l’échelle, Wave Côte d’Ivoire affirme avoir versé 50 milliards de FCFA d’impôts au titre de 2025. C’est deux fois et demie le capital de sa banque, réglé au fisc en une seule année.

Orange a cinq ans d’avance

Orange Bank Africa a reçu son agrément de la BCEAO en juillet 2019 et ouvert ses services le 23 juillet 2020 à Abidjan. Son capital est détenu à 75 % par Orange et à 25 % par NSIA, le groupe ivoirien de bancassurance. Cinq ans plus tard, la banque a dépassé les 3 millions de clients en Côte d’Ivoire et au Sénégal, dont 80 % côté ivoirien, soit environ 2,4 millions de personnes.

Le moteur s’appelle Tik Tak, un micro-crédit accessible depuis l’interface d’Orange Money, qui permet d’emprunter jusqu’à 1 million de FCFA en quelques secondes. 37 % des clients actifs de la banque l’utilisent. Début mai 2026, l’établissement revendique plus de 710 milliards de FCFA de crédits distribués depuis ses débuts, soit plus de 35 fois le capital de Wave Bank. Précision utile, il s’agit de crédits accordés cumulés depuis 2020, pas de l’encours qui dort aujourd’hui dans ses livres.

Deux portes d’entrée, une même cible

Les deux acteurs visent le même terrain, mais arrivent par des chemins opposés. Orange a commencé par le crédit et l’épargne, greffés sur son portefeuille électronique. Wave a commencé par le portefeuille, et revendique aujourd’hui plus de 21 millions de comptes ouverts en Côte d’Ivoire, avec un million de marchands qui acceptent ses paiements. Soit près de neuf fois le nombre de clients ivoiriens d’Orange Bank, même si un compte ouvert n’est pas un compte actif.

Face à eux, les banques classiques tiennent encore le terrain, avec des portes plus étroites. Fin 2024, le pays comptait 28 banques pour 7,2 millions de comptes bancaires individuels. Wave revendique donc près de trois fois plus de comptes ouverts que le secteur bancaire tout entier n’en compte pour les particuliers. Orange vend du crédit à des clients qu’il connaît par leurs usages du téléphone, avec cinq ans d’expérience du risque d’impayé. Wave dispose d’une base de clients immense, qu’il lui reste à convertir en dépôts et en prêts.

Ce que le statut de banque change vraiment

Jusqu’ici, Wave opérait comme établissement de monnaie électronique, un statut obtenu auprès de la BCEAO en avril 2022, qui l’a affranchie de ses banques partenaires pour émettre sa propre monnaie électronique. Devenir banque, c’est passer à un agrément complet, qui couvre la collecte de dépôts et le crédit en nom propre, avec plus de marge de manœuvre que le statut de simple fintech de paiement.

Reste une étape décisive. Constituer une société ne fait pas une banque. L’agrément est prononcé par arrêté du ministre des Finances, après un avis conforme, c’est-à-dire contraignant, de la Commission bancaire de l’UMOA, le superviseur des banques de la zone.

L’épreuve du crédit

Le vrai test ne se jouera ni sur le nombre de comptes ni sur le capital, mais sur la capacité à transformer des paiements du quotidien en épargne qui reste et en crédits qui se remboursent. Orange en fait la démonstration à grande échelle depuis 2020. Wave doit désormais prouver la sienne, avec une base de clients bien plus vaste et un capital qui n’a pas droit à l’erreur. Dans les deux cas, la banque se joue de moins en moins dans les agences et de plus en plus dans la poche des Ivoiriens.

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