
Adopté en Conseil des ministres le 14 octobre 2026, le projet de budget de l’État pour 2027 atteint 18 466,1 milliards de FCFA, soit 6,4 % de plus qu’en 2026. Le montant est un record, mais le rythme ralentit nettement, l’élan des deux dernières années retombant de moitié. Le texte, accompagné de son annexe fiscale, est désormais entre les mains du Parlement.
Une hausse deux fois plus faible qu’en 2026
Le budget 2026 avait gonflé de 13,1 %, après 11,8 % en 2025. Celui de 2027 ajoute 1 115,9 milliards de FCFA au précédent, là où l’exercice 2026 en avait ajouté 2 011. Rapporté aux 365 jours de l’année, l’enveloppe représente environ 50,6 milliards de FCFA à mobiliser et à dépenser chaque jour.
Un autre chiffre met ce ralentissement en perspective. Le gouvernement table sur une croissance de 6,6 % en 2027, après 6,2 % en 2026, c’est-à-dire sur une hausse de la richesse produite dans le pays, le PIB. Le budget progresse donc moins vite que cette richesse, même avant de compter l’effet des prix, et son poids dans l’économie devrait reculer légèrement.
Le premier budget présenté depuis la clôture du programme avec le FMI
Le 24 juin 2026, le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a validé la dernière revue du programme engagé en 2023, ce qui a débloqué 832,8 millions de dollars. Le risque de surendettement du pays est passé de « modéré » à « faible », et la dette publique est retombée à 57,6 % du PIB en 2025, soit 2,6 points de moins qu’un an plus tôt.
Cette discipline se lit dans le déficit budgétaire, l’écart entre ce que l’État dépense et ce qu’il encaisse. Ramené à 3 % du PIB en 2025, pile sur le plafond de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), il a été volontairement relâché à 3,8 % en 2026 pour amortir les chocs extérieurs et protéger les investissements, dans un contexte où la guerre au Moyen-Orient pèse sur les échanges du pays avec l’étranger. Le retour à 3 % est programmé d’ici 2028. La cible de 2027 se situe à 3,5 %, encore au-dessus de la norme régionale.
Moins de 1 % du budget pour deux paris d’avenir
Les deux annonces phares du texte pèsent peu en valeur. Le Fonds souverain de Côte d’Ivoire démarre avec 100 milliards de FCFA, soit 0,5 % du budget, et 70 milliards sont réservés aux études qui doivent accélérer les projets du Plan national de développement (PND) 2026-2030. Ensemble, 170 milliards, moins de 1 % de l’enveloppe.
Le fonds a été créé par une ordonnance adoptée en Conseil des ministres le 14 avril 2026. Il compte trois compartiments, pour les infrastructures, pour la stabilisation de l’économie en cas de choc et pour l’épargne publique de long terme. Il doit être alimenté par une part des revenus des mines et de l’énergie ainsi que par des transferts d’actifs de l’État, ce qui fait des 100 milliards de 2027 une simple mise de départ.
Le PND, lui, chiffre à 114 838,5 milliards de FCFA les investissements à réaliser d’ici 2030, dont 70,2 % attendus du secteur privé. Les études financées en 2027 doivent transformer ces ambitions en projets prêts à recevoir des financements.
2028 et 2029, le vrai rendez-vous
Le cadrage adopté le 3 juin 2026 prévoit un budget de 20 485,3 milliards en 2028, puis de 22 315,8 milliards en 2029. Après le 6,4 % de 2027, la hausse repartirait donc à 10,9 % en 2028, puis à 8,9 % en 2029.
Les recettes fiscales, elles, devraient passer de 8 818 milliards en 2027 à 11 512 milliards en 2029. Cela suppose une progression d’environ 14 % par an, bien plus rapide que celle du budget, qui prendrait environ 10 % par an sur la même période. Le FMI estime que la stratégie de mobilisation des recettes doit porter les recettes fiscales à moyen terme à 18 % du PIB, c’est-à-dire la part de la richesse nationale collectée en impôts et taxes, contre 14,9 % en 2025. La dette, de son côté, doit redescendre à 52,8 % du PIB en 2029.
Ces trajectoires bougent d’une année à l’autre. Le cadrage de juin 2024 donnait 17 480 milliards pour 2027, soit près de 1 000 milliards de moins que le projet présenté le 14 octobre 2026.
Avant le vote, l’épreuve de l’exécution
Reste la question de l’exécution. La loi de règlement 2025, qui dresse le bilan chiffré de l’année écoulée, donne un indice. Prévu à 15 339,2 milliards puis relevé à 15 464,1 milliards en cours d’année, le budget 2025 a vu 15 654,2 milliards encaissés, soit 101,2 % des prévisions, pour 15 285,1 milliards dépensés, soit 98,8 %. L’écart laisse un excédent de trésorerie de 369,1 milliards de FCFA, l’argent encaissé en plus de ce qui a été dépensé. La Cour des comptes a délivré sa déclaration générale de conformité.
Un budget qui freine sur le papier mais qui demande à l’impôt d’accélérer, voilà le pari de 2027, et il se jouera bien après le vote du Parlement.
