
La société australienne Eminence Minerals a annoncé le 19 octobre 2026, dans un communiqué à la Bourse australienne, trois accords d’option exclusifs qui lui ouvrent la voie vers 85 % de cinq projets aurifères ivoiriens couvrant environ 1 508 km². Une option est un droit d’acheter plus tard, sans obligation de le faire. Ici, la facture dépend surtout de ce que les forages trouveront, ce qui rend la mécanique du contrat plus instructive que la taille du portefeuille.
Neuf titres miniers, aucun au-delà de 400 km²
Le portefeuille réunit cinq projets baptisés Tarato, Kounouman, Banandje, Sarhala et Tonkpi, répartis entre le nord et l’ouest du pays. Quatre permis de recherche sont déjà accordés, pour environ 871 km², tandis que cinq demandes de permis, pour environ 637 km², restent en cours d’instruction et ne vaudront titre qu’une fois approuvées par l’État. Les titres appartiennent à trois sociétés vendeuses, Riverside Mining, Stargate Atlantis Minerals et Thoth Mining, qui ont chacune signé un accord distinct avec Eminence.
Ce découpage n’a rien d’anodin. Le Code minier de 2014 plafonne un permis de recherche à 400 km², et aucun des neuf titres ne dépasse cette limite, le plus grand, celui de Banandje, s’arrêtant à 398,52 km². Un permis de recherche est délivré pour quatre ans, et les quatre permis déjà accordés arrivent à échéance entre fin septembre 2029 et début mars 2030.
Une facture qui grimpe avec les preuves
Le contrat fonctionne comme un escalier. Eminence verse d’abord 20 000 dollars de frais d’exclusivité au total, puis monte par paliers à 30 %, 50 %, 70 % et enfin 85 % des projets, au fil de l’exercice des options puis des trois années suivantes. Sur l’ensemble du parcours, hors compléments liés aux résultats, la société versera environ 490 000 dollars, dont 255 000 en numéraire et 235 000 en actions. Au cours de 584,37 FCFA pour un dollar, cela représente environ 286 millions de FCFA, soit près de 190 000 FCFA par km² de terrain.
Le vrai pari se joue ailleurs. Trois compléments, payables en actions et valables cinq ans, ne se déclenchent que si les travaux réussissent. Le premier exige un forage recoupant au moins 20 mètres à 2,5 grammes d’or par tonne de roche dans les 150 premiers mètres de profondeur, le deuxième 30 mètres à 3 grammes par tonne dans les 100 premiers mètres, et le troisième une première ressource, déclarée selon le code australien JORC, d’au moins 500 000 onces à 1 gramme par tonne minimum. Si tout se réalise sur les trois accords, ces tranches pèsent 2 millions de dollars d’actions, soit environ 1,17 milliard de FCFA, ce qui porterait la facture maximale à près de 2,49 millions de dollars, environ 1,46 milliard de FCFA.
Cette échelle tranche avec celle d’une mine en activité. La cession de Tongon par Barrick au groupe Atlantic, finalisée le 2 décembre 2025, a porté sur 305 millions de dollars au maximum, parce que l’acheteur reprenait un site qui produit déjà. Une fois les 85 % atteints, les vendeurs conservent 15 %, qu’ils pourront convertir, au moment de la décision de construire une mine, en redevance de 1,5 % sur les revenus. L’ensemble reste soumis aux vérifications d’Eminence, à l’approbation de ses actionnaires pour l’émission des actions et aux autorisations requises.
Des fosses d’orpailleurs, pas encore de teneurs
Entre le 5 et le 8 octobre 2026, un géologue consultant a relevé des puits, des tranchées et des fosses d’orpaillage sur le permis PR1016 de Tarato et sur la demande PR1014 de Kounouman. Aucun échantillon n’a été prélevé et aucune teneur n’a été mesurée, de sorte que ces traces n’établissent ni la quantité ni la qualité de l’or. Les premiers travaux porteront sur les permis déjà accordés, à Tarato, Banandje et Sarhala, avec compilation des données historiques, cartographie et prélèvements.
Le voisinage donne le contexte. Kounouman se trouve à environ 7 km du gisement BST1, l’un de ceux du projet d’Aurum à Boundiali, dont les ressources atteignent 3,22 millions d’onces. Banandje est à environ 10 km au nord-ouest de Koné, où Montage Gold a réalisé sa première coulée le 26 septembre 2026, et à environ 25 km au nord de la mine de Séguéla. Une demande de Tonkpi est à environ 18 km d’Ity, qui a produit 319 000 onces en 2025, et Tarato à environ 50 km au sud-ouest de Tongon. Être voisin d’un gisement ne garantit pourtant pas d’y trouver de l’or, la géologie changeant d’un permis à l’autre.
Ce que le pays peut en attendre
La Côte d’Ivoire a produit 59,33 tonnes d’or en 2025, pour un potentiel estimé à environ 600 tonnes. Les 500 000 onces du dernier palier, soit environ 15,5 tonnes, équivaudraient à un peu plus du quart de cette production annuelle. Il s’agit toutefois d’un stock dans le sol, et non d’un flux, alors qu’une mine dite de classe mondiale sort au moins 500 000 onces chaque année pendant dix ans.
Pour l’État, les retombées viendraient bien plus tard, avec une éventuelle exploitation, qui lui donnerait droit à 10 % du capital de la société minière sans qu’il ait à payer. Le pays attire en attendant de nouveaux chercheurs d’or, comme le montre l’attribution, le 14 octobre 2026, de six permis de recherche à cinq sociétés.
Cinq ans pour passer des fosses aux chiffres
Entre un premier forage et la première coulée, le chemin se compte en années. À Boundiali, Aurum est passée de 1,59 à 3,22 millions d’onces de ressources en moins d’un an et demi, et vise sa première coulée au premier semestre 2028. À Koné, la construction a démarré en décembre 2024 et l’or a coulé en septembre 2026. Pour Eminence, la prochaine étape est administrative, avec les vérifications préalables, le vote de ses actionnaires et l’instruction des demandes de permis. Les fosses d’orpailleurs de Tarato et de Kounouman diront ensuite, à la première campagne d’échantillonnage, si elles marquent le début d’un gisement ou seulement une surface bien creusée.
