Côte d’Ivoire : près de Boundiali, 115 tonnes d’or annoncées pour une mine encore à construire

Mine d'or

Reçu le 8 octobre 2026 par le Premier ministre Robert Beugré Mambé, le groupe australien Aurum Resources a présenté son projet de Boundiali, dans le nord du pays, comme un gisement d’environ 115 tonnes d’or. Ce chiffre dépasse la dernière estimation publiée par l’entreprise, 3,22 millions d’onces soit environ 100 tonnes, et seule une partie du métal, 1,21 million d’onces, est aujourd’hui classée en réserves exploitables. Entre l’annonce et la première coulée d’or, visée au premier semestre 2028, il reste une étude de faisabilité, des permis et un financement à boucler.

Un chiffre annoncé avant son estimation officielle

Le 8 octobre 2026, à la Primature d’Abidjan, le président-directeur général d’Aurum, Caigen Wang, a indiqué que deux années de travaux d’exploration avaient permis d’identifier des ressources estimées à environ 115 tonnes d’or. Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a salué un gisement de « classe mondiale », le quatrième de cette envergure découvert dans le pays ces dernières années, qui pourrait devenir le plus important de Côte d’Ivoire si les forages en cours confirment une hausse des ressources.

Ces 115 tonnes équivalent à environ 3,7 millions d’onces. La dernière estimation de ressources publiée par Aurum, datée du 14 mai 2026, s’élève à 3,22 millions d’onces à 1,0 gramme par tonne, soit environ 100 tonnes, dont 1,70 million d’onces en catégorie indiquée et 1,52 million en catégorie inférée. Une nouvelle mise à jour est attendue au début du quatrième trimestre 2026, sur la base des forages arrêtés au 30 septembre, ce qui permettra de situer le chiffre annoncé par rapport aux estimations normées.

Près de trois ans de forage, de 1,59 à 3,22 millions d’onces

Aurum s’est installée à Boundiali à la fin de 2023 en rachetant PlusOr Global, société fondée par Caigen Wang, qui avait dirigé Tietto Minerals pendant treize ans, jusqu’en mai 2023, période durant laquelle cette entreprise a mis en production la mine d’Abujar. La première estimation conforme au code JORC, publiée le 30 décembre 2024, faisait état de 1,59 million d’onces, soit environ 49 tonnes, réparties sur cinq gisements.

Les ressources sont ensuite passées à 2,41 millions d’onces en 2025, puis à 3,03 millions le 23 février 2026 et à 3,22 millions le 14 mai 2026, portées par une flotte de 16 foreuses appartenant à la société. L’annonce du 8 octobre 2026 n’est donc pas la révélation soudaine d’un gisement inconnu, mais l’étape d’un projet qui grossit depuis près de trois ans.

Un tiers environ du métal est en réserve

Une ressource minérale décrit l’or présent dans le sol avec un degré de confiance géologique variable, alors qu’une réserve ne retient que la part dont l’extraction est jugée techniquement et économiquement viable. L’étude de préfaisabilité, publiée le 11 juin 2026, a déclaré une première réserve probable de 42,1 millions de tonnes à 0,9 gramme par tonne, soit 1,21 million d’onces ou environ 37,6 tonnes, un peu plus du tiers des 3,22 millions d’onces de ressources.

Le plan minier prévoit une exploitation à ciel ouvert traitant 6 millions de tonnes de minerai par an, pour environ 1,5 million d’onces produites en 11 ans. La production moyenne serait d’environ 185 000 onces par an sur les cinq premières années, avec 201 000 onces dès la première. L’investissement initial est chiffré à 342 millions de dollars. Au prix de 4 076 dollars l’once retenu par l’entreprise, la valeur actuelle nette après impôts atteindrait 1,5 milliard de dollars, pour un taux de rentabilité interne de 119 %, des projections qui restent celles d’Aurum.

Des paramètres encore appelés à évoluer

Devant le Premier ministre, les dirigeants d’Aurum ont évoqué une usine de 6,8 millions de tonnes par an, une production de 6,2 tonnes d’or annuelles, soit environ 200 000 onces, et un investissement d’environ 503 millions de dollars. La production correspond à celle de la première année de l’étude de préfaisabilité, mais la capacité de traitement et le budget dépassent les 6 millions de tonnes et les 342 millions de dollars de juin. L’étude de faisabilité définitive, attendue d’ici la fin de 2026, doit trancher.

Caigen Wang a aussi annoncé le démarrage des travaux de construction à la fin de 2026 et une première coulée au premier semestre 2028. Il a fixé un objectif de production pouvant atteindre 30 tonnes d’or par an, soit près de cinq fois le niveau visé à Boundiali, à mesure que les forages des trois prochaines années feront croître les ressources.

Le financement se prépare déjà. Aurum a obtenu le 23 septembre 2026 des engagements pour 52,5 millions de dollars australiens, destinés notamment à commander les équipements à long délai de livraison, construire la route d’accès et acquérir les terrains de l’usine et du parc à résidus, ce qui porte sa trésorerie à plus de 95 millions de dollars australiens. Perseus Mining, exploitant des mines ivoiriennes de Sissingué et de Yaouré, avait annoncé le 23 mars 2026 une participation de 9,9 % au capital d’Aurum. Les demandes de permis d’exploitation, déposées en mars et en décembre 2025 sur l’ensemble des 572,67 km² du projet, sont en cours d’instruction, tandis que les trois certificats de conformité environnementale ont été délivrés en mai 2026.

Quelle place dans l’or ivoirien

À 6,2 tonnes par an, Boundiali représenterait environ 10 % des 59,33 tonnes produites par la Côte d’Ivoire en 2025, un ordre de grandeur proche de Séguéla, où Fortuna Mining vise plus de 200 000 onces par an. Pour le titre de plus grand gisement du pays évoqué par le ministre, la référence reste Koné, dans le district du Woroba, où Montage Gold a réalisé sa première coulée le 26 septembre 2026. Les seules ressources mesurées et indiquées y ont été réévaluées à 6,29 millions d’onces en juin 2026, soit près du double des 3,22 millions d’onces de Boundiali, inférées comprises.

Sur le plan social, le gouvernement attend 4 200 emplois directs et indirects pendant la construction et environ 2 200 en phase d’exploitation, sans précision sur la part réservée aux Ivoiriens. L’emploi direct dans le secteur minier est passé de 8 291 en 2016 à 16 325 en 2024.

Trois rendez-vous d’ici la fin de l’année

Début du quatrième trimestre 2026, la nouvelle estimation de ressources dira si les 115 tonnes annoncées se retrouvent dans les chiffres normés. À la fin du même trimestre, l’étude de faisabilité définitive et la décision finale d’investissement fixeront le périmètre, le budget et le calendrier de la mine, tandis que l’octroi des permis d’exploitation conditionnera le lancement des travaux. Le gisement existe et grossit, la mine, elle, dépend encore de ces trois décisions.

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