
La loi n°2026-18 du 3 septembre 2026, qui forme le nouveau Code du travail sénégalais, a porté le congé de maternité de 14 à 18 semaines. En Côte d’Ivoire, le Code du travail de 2015 en prévoit 14 pour les salariées du privé, tandis que la fonction publique est passée à près de six mois en 2025. Le point par point des deux régimes montre un écart plus nuancé qu’il n’y paraît.
Quatre semaines de plus, toutes après l’accouchement
Adopté en plénière le 18 août 2026 puis promulgué le 3 septembre, le nouveau Code sénégalais a paru au Journal officiel le 17 septembre 2026. Il remplace le texte de 1997. Son article 277 fixe le congé à dix-huit semaines consécutives, dont douze après l’accouchement, contre quatorze semaines dont huit après jusqu’ici. Les quatre semaines gagnées profitent donc entièrement à la période postnatale, la période avant la naissance restant à six semaines.
Une prolongation de trois semaines demeure possible. Elle ne se limite plus à la maladie liée à la grossesse ou aux couches, et couvre désormais les complications, la grossesse multiple ou un problème de santé de l’enfant. Le texte s’applique aux contrats en cours sans délai de report, mais plusieurs de ses dispositions attendent encore des décrets d’application.
Le secteur privé ivoirien reste à 14 semaines
Le Code du travail de 2015 ivoirien, dans son article 23.6, suspend le contrat pendant quatorze semaines consécutives, soit six avant la date présumée de l’accouchement et huit après. La période postnatale passe à dix semaines en cas de naissance multiple. Une prolongation de trois semaines est prévue pour une maladie liée à la grossesse ou aux couches, et le congé postnatal est allongé d’une durée équivalente lorsque l’enfant reste hospitalisé, sans pouvoir dépasser douze mois.
Quatorze semaines correspondent au plancher fixé par la convention n°183 de l’Organisation internationale du Travail. Sa recommandation n°191 invite pour sa part à viser au moins dix-huit semaines, ce que le Sénégal atteint désormais dans son Code.
Une fonction publique ivoirienne déjà proche de six mois
Le nouveau statut général de la fonction publique, adopté en 2025, a porté le congé de maternité des fonctionnaires à près de six mois. La Côte d’Ivoire fonctionne donc à deux vitesses. Les agentes de l’État dépassent aujourd’hui les 18 semaines sénégalaises, alors que les salariées du privé se situent quatre semaines en dessous. Le Sénégal, avec 18 semaines pour les travailleuses relevant du Code du travail, se place entre les deux.
Allaitement et licenciement, là où l’écart se creuse
Le Code ivoirien accorde à la mère, dans son article 23.12, des temps de repos pour allaiter pendant quinze mois à compter de la reprise du travail, dans la limite d’une heure par jour. Le texte sénégalais retient désormais vingt mois à compter de la fin du congé, à raison d’une heure par jour et par nourrisson, ce temps étant payé comme du temps de travail. L’ancien Code sénégalais ne prévoyait que quinze mois à compter de la naissance. Les deux pays ancrent donc le droit à l’allaitement sur la reprise du travail, mais le Sénégal l’étend de cinq mois.
La protection contre le licenciement suit la même logique. En Côte d’Ivoire, l’article 23.4 interdit de licencier une salariée dont la grossesse est médicalement constatée, ainsi que pendant les périodes de suspension du contrat, sauf faute lourde ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la grossesse. Un licenciement prononcé pendant la grossesse est annulé si la salariée transmet un certificat médical dans les quinze jours suivant sa notification. Au Sénégal, un licenciement pendant le congé est désormais nul, et l’employeur ne peut pas non plus rompre le contrat pour un motif lié à la grossesse, à la naissance ou à l’allaitement durant les vingt mois que dure ce droit.
Là où les deux textes se rejoignent
Plusieurs garanties se ressemblent déjà. Les absences pour examens prénatals obligatoires ne réduisent pas la rémunération, que ce soit à l’article 23.9 du Code ivoirien ou à l’article 276 du texte sénégalais. Une salariée enceinte affectée à un poste dangereux doit être mutée sans baisse de salaire, et si aucun poste adapté n’existe, son contrat est suspendu avec maintien de sa rémunération, selon les articles 23.7 et 23.8 d’un côté et 279 de l’autre. Dans les deux pays, la salariée enceinte peut aussi démissionner sans préavis ni indemnité.
Qui paie les semaines de congé
Côté ivoirien, l’article 23.11 met à la charge de l’institution de prévoyance sociale une allocation de maternité et une indemnité journalière égale au salaire pendant les quatorze semaines. En pratique, la CNPS verse cette indemnité, calculée sur le salaire de base majoré des primes, aux salariées qui justifient d’un stage minimal de trois mois continus et qui cessent le travail à sept mois et demi de grossesse. Elle y ajoute une allocation de maternité de 18 000 FCFA. L’employeur ne finance donc pas ces semaines, ce qui signifie qu’un éventuel allongement du congé se répercuterait d’abord sur la caisse.
Du côté sénégalais, le financement des quatre semaines supplémentaires reste à observer, le nouveau Code de la sécurité sociale ayant été publié en même temps que celui du travail.
Un écart qui se joue désormais dans le privé
La comparaison ne place pas la Côte d’Ivoire derrière le Sénégal sur tous les terrains. Le droit ivoirien prévoit déjà la prolongation pour hospitalisation de l’enfant, ancre l’allaitement sur la reprise du travail et offre à ses fonctionnaires un congé plus long que celui de son voisin. L’écart se concentre sur les salariées du privé, avec quatre semaines de congé et cinq mois d’allaitement de moins, ainsi que sur la durée de la protection contre le licenciement.
