Sénégal et Côte d’Ivoire, plus industrialisés que le Nigeria, le Ghana et même le Kenya

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Sur le papier, le Nigeria pèse plus lourd, le Ghana produit plus d’or, le Kenya passe pour la vitrine technologique de l’Afrique de l’Est. Et pourtant, sur le seul critère de l’industrialisation, c’est le Sénégal et la Côte d’Ivoire qui dament le pion à tous les trois.

Un classement continental qui surprend

Publié le 24 mai 2026, l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 de la Banque africaine de développement évalue 54 pays du continent sur leur production manufacturière, leurs exportations industrielles, leur compétitivité et leur intégration dans les chaînes de valeur. Le Sénégal s’y hisse au huitième rang continental, avec un score de 0,6368, suivi de la Côte d’Ivoire au dixième rang, avec 0,6173 point. Ce sont les deux seuls pays d’Afrique de l’Ouest présents dans le top 10 du continent, un classement désormais mené par le Maroc, qui détrône pour la première fois l’Afrique du Sud.

Devant le Nigeria et le Ghana, sans discussion

L’écart avec les deux poids lourds anglophones de la sous-région est net. Le Nigeria, pourtant troisième économie du continent par le PIB, derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte, ne pointe qu’au quatorzième rang continental sur l’industrialisation, et le Ghana au dix-huitième, respectivement troisième et quatrième au niveau strictement régional, loin derrière le duo francophone.

Et devant toute l’Afrique de l’Est aussi

L’avance ne s’arrête pas au seul voisinage ouest-africain. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire dépassent également l’ensemble des pays d’Afrique de l’Est, y compris le Kenya, souvent présenté comme la locomotive technologique et entrepreneuriale de sa région, qui ne se classe que onzième continental. La Tanzanie suit au vingt-troisième rang, l’Éthiopie au trente-et-unième, et le Rwanda, pourtant très souvent cité en exemple de gouvernance économique, au trente-deuxième.

Ce qui explique cette avance

Du côté sénégalais, la BAD met en avant le développement du secteur agro-industriel et la transformation locale des ressources, portés par une amélioration de l’investissement et du financement du secteur privé. En Côte d’Ivoire, c’est la transformation du cacao qui tire la performance vers le haut, avec un taux de transformation locale désormais supérieur à 42 %, contre une part bien plus faible il y a une décennie, un résultat de réformes engagées depuis 2016 pour attirer les investisseurs étrangers dans cette filière.

Le reste de la CEDEAO, à deux vitesses

Le Bénin et le Togo, deux autres pays de l’UEMOA, suivent respectivement aux vingt-quatrième et vingt-cinquième rangs continentaux, devant la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso. À l’autre bout du classement, trois pays anglophones ou lusophones d’Afrique de l’Ouest, la Sierra Leone, la Gambie et la Guinée-Bissau, figurent parmi les dix pays les moins industrialisés d’Afrique, la Gambie occupant la cinquantième place, très loin derrière un Sénégal qui se classe régulièrement parmi les cinq premiers d’Afrique subsaharienne.

Une performance à nuancer

La Banque africaine de développement elle-même tempère ce satisfecit ivoirien. La dette publique du pays est passée de 37,2 % du PIB en 2019 à près de 60 % en 2024, Abidjan concentre à elle seule environ 80 % de l’activité économique nationale, et l’économie informelle représente encore plus de la moitié du PIB et plus de 90 % des emplois du pays. Un classement flatteur sur le papier, qui coexiste donc avec des fragilités structurelles bien réelles, que la seule industrialisation ne suffit pas à effacer.

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