
Du 22 au 25 novembre 2026, Kinshasa accueillera Makutano Mining, premier rendez-vous panafricain entièrement consacré au secteur minier. Derrière l’événement, un pari plus large, celui de faire de la République démocratique du Congo un lieu de décision plutôt qu’un simple fournisseur de matières premières, une ambition que la Côte d’Ivoire, à sa mesure, commence elle aussi à porter.
Un réseau qui change d’échelle
Makutano n’est pas un nouveau venu. Depuis plus de dix ans, ce réseau fondé par Nicole Sulu réunit chefs d’État, ministres, dirigeants d’entreprises et investisseurs autour de l’économie congolaise et africaine. Avec Makutano Mining, l’organisation consacre pour la première fois une édition entière à un seul secteur, les mines, et choisit d’installer ce rendez-vous là où se concentre une part majeure des minerais critiques de la planète. Pour Nicole Sulu, l’enjeu dépasse la seule vitrine, il s’agit de démontrer que la RDC peut devenir un lieu où se négocient les partenariats, pas seulement un pays d’où l’on extrait la matière première.
La RDC, au centre de gravité des minerais critiques
Le choix de Kinshasa n’a rien d’anodin. La RDC assure à elle seule plus de 70 % de la production mondiale de cobalt et se classe parmi les tout premiers producteurs mondiaux de cuivre. Le pays abrite également le gisement de lithium de Manono, l’un des plus importants au monde avec environ 400 millions de tonnes de minerai identifiées. Selon une estimation de la Banque mondiale, la valeur cumulée des minerais critiques du sous-sol congolais atteindrait 24 000 milliards de dollars, l’équivalent de neuf fois le PIB de l’ensemble du continent africain. Ces ressources restent toutefois marquées par une transformation locale encore limitée, plus de 98 % de la production de cuivre du pays part à l’export sans transformation avancée, notamment vers les Émirats arabes unis.
Réunir en un seul lieu ce qui reste habituellement dispersé
Le forum ambitionne de rassembler dans un même espace tous les maillons de la chaîne de valeur minière, des ministres africains aux traders, des grandes compagnies aux juniors d’exploration, des banques commerciales aux fonds souverains et institutions de développement. Deux formats structurent l’événement, un « Signature Moment » consacré aux annonces stratégiques, et une « Salle des Accords », espace fermé pensé pour conclure directement des partenariats plutôt que de se contenter d’en discuter.
Un patronage institutionnel appuyé
La cérémonie d’ouverture se tiendra sous le haut patronage du président Félix-Antoine Tshisekedi. Le ministre des Mines Louis Watum Kabamba y représentera le gouvernement, aux côtés des grandes institutions du secteur congolais, la Gécamines, le Cadastre minier, l’Entreprise générale du cobalt et la Fédération des entreprises du Congo. Des bailleurs de premier plan, l’IFC, l’Africa Finance Corporation, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, sont également attendus, tout comme des groupes miniers internationaux tels que Rio Tinto, ERG et Sicomines.
Le fil qui relie Kinshasa à Abidjan
Cette séquence congolaise ne se joue pas isolément. Le 10 juillet 2026, soit onze jours seulement avant l’annonce de Makutano Mining, Abidjan accueillait son propre Forum ministériel sur les minéraux critiques, organisé par la Banque africaine de développement, avec le même mot d’ordre, transformer davantage les ressources sur le continent plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières brutes. La Côte d’Ivoire ne rivalise pas avec l’ampleur des réserves congolaises, mais construit patiemment sa propre base, cinq mines de manganèse en production, un potentiel de nickel latéritique estimé à plusieurs centaines de millions de tonnes autour de Sipilou, et des permis de recherche accordés pour le lithium et le coltan. Fin juin 2026, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a d’ailleurs participé pour la première fois à un financement minier en Afrique subsaharienne, 180 millions de dollars destinés à Polynickel West Africa, dont l’État ivoirien, via la Sodemi, détient désormais 30 % du capital. Cet effort s’inscrit dans la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie ivoirienne, qui vise à mobiliser 38 000 milliards de FCFA d’investissements entre 2026 et 2040, dont 88 % attendus du secteur privé.
Deux pays, une même conviction
La Côte d’Ivoire mise sur l’or, le manganèse et une diversification progressive vers le nickel et le lithium, la RDC sur une position dominante déjà acquise dans le cobalt et le cuivre. Les deux pays partagent malgré tout un même diagnostic, celui de vouloir garder une part plus importante de la valeur créée par leurs ressources plutôt que de la voir captée en dehors du continent. Makutano Mining, en novembre, dira si cette ambition affichée à Abidjan comme à Kinshasa se traduit enfin par des accords concrets plutôt que par de nouvelles déclarations d’intention.
