Le Bénin obtient sa meilleure note souveraine de l’histoire, à trois crans de l’élite mondiale des emprunteurs

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Le 7 août 2026, Moody’s a relevé la note souveraine du Bénin de «B1» à «Ba3», avec une perspective ramenée de positive à stable. Le pays entre ainsi pour la première fois dans la catégorie «Ba/BB» chez une agence de notation majeure. Dix semaines plus tôt, l’homme qui avait construit la stratégie d’endettement aujourd’hui saluée par Moody’s, Romuald Wadagni, devenait président de la République.

Un cran gagné au terme de cinq ans de trajectoire budgétaire

La dernière fois que Moody’s avait touché à la note du Bénin remontait à mars 2021, avec le passage de «B2» à «B1». La perspective avait ensuite été relevée à positive en février 2025, avant ce saut direct vers «Ba3». Entre-temps, l’économie béninoise a progressé de 8,1 % en 2025, sa meilleure performance depuis 1990, portée par le textile, les travaux publics et l’agroalimentaire.

Sur le plan des finances publiques, le déficit de l’État central est tombé à environ 3 % du PIB en 2025, contre 7 % en 2021, en ligne avec la norme communautaire de l’UEMOA. Le programme conclu avec le Fonds monétaire international, arrivé à échéance en février, a été exécuté intégralement, avec ses 23 repères structurels tous atteints.

L’architecte de la stratégie dette est désormais à la tête du pays

C’est justement la gestion de la dette que Moody’s met en avant. Le Bénin a multiplié les instruments sur les marchés internationaux, une obligation liée aux Objectifs de développement durable en 2021, une première émission en dollars sur 14 ans en 2024, puis un premier sukuk souverain en janvier 2026, une première pour l’Afrique subsaharienne en plus d’une décennie. Cette diversification a fait reculer le coût moyen de la dette à 3,4 % et allongé sa maturité moyenne à près de neuf ans.

Cette architecture a été bâtie par Romuald Wadagni lorsqu’il était ministre de l’Économie et des Finances. Il est aujourd’hui président de la République, élu le 12 avril 2026 avec plus de 94 % des voix, face à un scrutin où le principal parti d’opposition n’a pas réussi à faire valider de candidature. Le relèvement de Moody’s intervient à peine dix semaines après son arrivée au pouvoir, une continuité qui n’a rien d’un hasard puisque c’est sa propre feuille de route budgétaire que l’agence valide.

Ce que «Ba3» change concrètement

Trois crans séparent encore le Bénin du seuil «Baa3», premier échelon de la catégorie «investment grade» chez Moody’s. Sur l’échelle des agences concurrentes, «Ba3» équivaut approximativement à un «BB-», une note que S&P Global attribuait déjà au Bénin avec perspective positive depuis le 17 octobre 2025. Fitch, elle, reste un cran en retrait avec un «B+» assorti d’une perspective positive depuis janvier 2026, preuve que la convergence entre agences n’est pas encore totale.

Dans la région, la Côte d’Ivoire conserve l’avantage avec un «Ba2» chez Moody’s, la meilleure signature d’Afrique de l’Ouest. Selon le gouvernement béninois, le pays rejoint néanmoins un cercle restreint de quatre États d’Afrique subsaharienne disposant d’une notation de ce niveau ou supérieure. Concrètement, une note plus élevée signifie un accès élargi aux investisseurs institutionnels qui excluent les signatures les plus faibles de leurs portefeuilles, et potentiellement un coût d’emprunt allégé lors des prochaines sorties sur les marchés.

Les limites que Moody’s pointe elle-même

L’agence ne masque pas les fragilités persistantes. Les recettes publiques, dons compris, plafonnent à 15,8 % du PIB en 2025, contre une médiane de 27,2 % pour les pays notés «Ba». Le revenu par habitant, à 4 758 dollars en parité de pouvoir d’achat, ne représente qu’un cinquième de la médiane de ces mêmes pairs, et plus de 70 % des exportations béninoises restent dirigées vers un seul débouché, le Nigeria.

La dette publique elle-même a connu une révision douloureuse. Le reclassement de prêts extérieurs auparavant rétrocédés à des entreprises publiques a ajouté 7 points de PIB au ratio d’endettement officiel, porté à 60,5 % du PIB fin 2024 selon le FMI, révélant des lacunes passées dans le reporting de la dette publique. Moody’s juge la marge d’un nouveau relèvement limitée pour l’instant, conditionnée à un rattrapage du fossé de revenu et de recettes avec les pays pairs.

Une résilience institutionnelle testée avant même le scrutin

Le rapport de Moody’s évoque aussi un risque politique concret, la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, menée par un groupe de militaires conduits par le lieutenant-colonel Pascal Tigri et déjouée avec l’appui de l’armée nigériane. Pour l’agence, le retour rapide à l’ordre constitutionnel et la tenue apaisée des élections législatives puis présidentielle qui ont suivi illustrent la résilience des institutions béninoises.

Le tableau mérite pourtant d’être nuancé. L’élection présidentielle d’avril, remportée à plus de 94 % des voix dans un contexte où aucun candidat d’opposition crédible n’a pu se présenter, coexiste avec le score de gouvernance «G-3» que Moody’s attribue elle-même au pays, une note qui reconnaît des progrès réels en matière de transparence budgétaire tout en pointant des insuffisances persistantes.

La partie se joue maintenant sur le terrain des marchés

Le relèvement récompense une trajectoire engagée depuis plusieurs années, mais il ne referme aucun dossier. Moody’s elle-même conditionne toute nouvelle amélioration à un resserrement de l’écart de revenu et de recettes avec les pays notés «Ba», ainsi qu’au maintien de la stabilité régionale face aux tensions sécuritaires venues du Sahel. Le vrai test grandeur nature viendra à la prochaine sortie du Bénin sur les marchés internationaux, quand ce nouveau «Ba3» devra prouver qu’il se traduit réellement en taux d’intérêt plus bas et non en simple satisfaction protocolaire.

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