Fortuna Mining mise 109 millions de dollars sur sa mine d’or ivoirienne

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Depuis son premier lingot coulé en mai 2023, la mine d’or de Séguéla, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, s’est imposée comme un pilier de la stratégie aurifère du pays. Son exploitant canadien Fortuna Mining a confirmé, dans un communiqué publié fin juillet 2026, une extension à 109 millions de dollars destinée à porter la capacité de traitement du site à plus de deux millions de tonnes par an. De quoi accélérer un peu plus la montée en puissance de ce gisement au cœur de l’ambition aurifère ivoirienne.

Une mine née en 2023, déjà au-delà de ses objectifs

La mine de Séguéla se situe dans la région du Worodougou, district de Woroba, à environ 500 kilomètres d’Abidjan. Depuis la ville de Séguéla, il faut encore parcourir 40 kilomètres de pistes pour atteindre le site, exploité en vertu du permis d’exploration minière n° 56 et du permis de recherche adjacent n° 638, qui couvrent ensemble 62 000 hectares. L’État ivoirien y détient une participation gratuite de 10 %, Fortuna Mining conservant les 90 % restants.

Entrée en production en mai 2023, cinquième mine du groupe canadien à l’époque, Séguéla a produit 152 426 onces d’or en 2025, soit près de 4,74 tonnes, largement au-dessus de son objectif initial fixé entre 134 000 et 147 000 onces. Pour 2026, Fortuna anticipe entre 160 000 et 170 000 onces, environ 5 à 5,3 tonnes, pour un coût total de production estimé entre 1 630 et 1 730 dollars l’once. Près de 1,72 million de tonnes de minerai ont été broyées en 2025, à partir de réserves de 16,4 millions de tonnes titrant 3,01 grammes d’or par tonne, soit 1,6 million d’onces contenues, de quoi assurer environ neuf ans d’exploitation au rythme actuel.

Le gisement appartient à la famille de l’or orogénique, autrement dit un or formé il y a environ 2,1 milliards d’années par la circulation de fluides chauds dans les failles profondes du craton ouest-africain, dans le domaine géologique dit birimien de Baoulé-Mossi. Huit corps minéralisés distincts, dont Antenna, Koula, Sunbird et Kingfisher, sont exploités ou en cours de développement à ciel ouvert, non loin des villages de Bangana, Tiéma et Kouégo.

Un poids grandissant dans l’ambition aurifère du pays

La Côte d’Ivoire vise une production nationale de 62 tonnes d’or en 2025, contre 58 tonnes en 2024, portée notamment par l’entrée en production ces dernières années de Séguéla, Abujar et Lafigué. À elle seule, Séguéla y contribue à hauteur d’environ 7,6 %, un poids appelé à grandir avec la montée en cadence du site.

Le gouvernement voit plus loin. Sa «Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie» (PIRME), présentée en janvier 2026 par le ministre des Mines Mamadou Sangafowa Coulibaly, affiche l’objectif de faire de la Côte d’Ivoire le premier producteur d’or d’Afrique d’ici cinq ans, en visant à terme une production comparable à celle du Ghana, autour de 114 tonnes par an, et en devançant le Mali et le Burkina Faso.

Ce cap ambitieux coïncide avec un marché de l’or particulièrement porteur. Le métal a atteint un sommet historique proche de 5 595 dollars l’once fin janvier 2026, avant de refluer puis de repartir à la hausse pour évoluer autour de 4 400 dollars l’once à la mi-août. Comparé à l’AISC prévu à Séguéla, l’écart avoisinerait 2 700 dollars par once, un ordre de grandeur qui illustre la rentabilité actuelle du site, même si le prix réellement encaissé par Fortuna peut différer du cours spot.

109 millions de dollars pour doubler la mise sous terre

Le 29 juillet 2026, Fortuna Mining a approuvé une extension portant la capacité de traitement de l’usine de Séguéla de 1,75 à 2,3 millions de tonnes par an, une hausse de 30 %, avec un taux de récupération de l’or attendu à 94,5 %. Le projet, chiffré à 109 millions de dollars de capital de construction, sera financé par les flux de trésorerie d’exploitation, Fortuna disposant d’environ 800 millions de dollars de liquidités au premier trimestre 2026.

L’extension intègre le développement en souterrain du gisement Sunbird, dont le démarrage est prévu au deuxième trimestre 2027, tandis que les travaux de construction en surface doivent débuter au second semestre 2026. La montée en puissance complète de l’usine élargie est visée pour le second semestre 2028, avec un objectif de production moyenne supérieure à 200 000 onces par an sur la décennie suivante et un délai de retour sur investissement estimé à deux ans et demi.

Ce chantier s’appuie sur un effort d’exploration soutenu, avec un budget 2026 de 12,2 millions de dollars pour environ 69 000 mètres de forage, concentré sur le projet souterrain de Sunbird et la densification du gisement Kingfisher. Il s’inscrit aussi dans une stratégie de groupe plus large, Fortuna visant une production consolidée proche de 500 000 onces d’or par an d’ici 2028, avec l’appui du projet Diamba Sud au Sénégal.

Cap sous terre, cap sur 2028

Le 10 août 2026, quelques jours après avoir dévoilé ses résultats du deuxième trimestre, Fortuna a par ailleurs annoncé le rachat du projet aurifère Bambadji au Sénégal, auprès de Barrick et IAMGOLD, signe d’un intérêt grandissant pour la sous-région ouest-africaine. Si le calendrier annoncé tient, Séguéla ne sera plus seulement la mine qui a dépassé ses objectifs en 2025, elle deviendra d’ici 2028 l’un des piliers souterrains de la nouvelle donne aurifère ivoirienne.

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