650 milliards de FCFA : la diaspora camerounaise, premier bailleur privé d’Afrique centrale

marché Yaoundé

En 2025, les Camerounais de l’étranger ont envoyé 650 milliards de FCFA vers leur pays, un montant qui place le Cameroun loin devant tous ses voisins de la CEMAC. Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement, publié le 11 juillet 2026, montre pourtant que cet argent finance surtout les besoins quotidiens des familles, faute d’instruments capables de le rediriger vers l’investissement productif.

Une progression continue depuis cinq ans

Les transferts de la diaspora camerounaise n’ont cessé de grimper. Ils sont passés de 341,3 milliards de FCFA en 2022 à 477,1 milliards en 2023, avant d’atteindre 650 milliards en 2025, un niveau qui dépasse largement la moyenne annuelle de 450 milliards enregistrée sur les cinq dernières années.

En proportion du PIB, la progression est tout aussi nette. Ces envois représentaient 0,8% du PIB en 2020, puis 1% en 2021, 1,3% en 2022, 1,6% en 2023, pour culminer à 1,9% en 2025. Une trajectoire qui traduit à la fois la résilience de la diaspora et l’amélioration des canaux de transfert, portée par la digitalisation et la multiplication des opérateurs de paiement.

Un écart vertigineux avec les voisins de la CEMAC

Comparé au reste de la région, le Cameroun joue dans une autre catégorie. En 2023, année de référence commune, ses 477,1 milliards de FCFA de transferts représentaient environ 18 fois le volume enregistré par le Congo (26,7 milliards de FCFA) et plus de 42 fois celui du Gabon (11,2 milliards de FCFA).

Le même écart se retrouve rapporté au PIB. Les envois de fonds pesaient 1,6% du PIB camerounais en 2023, contre 0,3% pour le Congo et seulement 0,1% pour le Gabon la même année. Le Cameroun se retrouve ainsi en tête de toute l’Afrique centrale sur cet indicateur, une position que ni sa taille économique ni sa population ne suffisent à expliquer entièrement.

Un argent qui reste largement hors circuit productif

Ce volume impressionnant cache une limite structurelle. Selon le rapport, la contribution des transferts de fonds au financement d’activités productives demeure encore restreinte, ces envois servant avant tout à couvrir les besoins de consommation des familles des migrants, loyer, scolarité, santé, alimentation.

La cause identifiée tient moins à la volonté de la diaspora qu’à l’absence d’outils adaptés. Le pays ne dispose d’aucun instrument financier dédié, de type obligations de la diaspora, et manque de dispositifs incitatifs ainsi que de canaux d’investissement sécurisés capables d’orienter une partie de cette épargne vers des projets productifs.

Le pari des obligations de la diaspora et des comptes CEMAC à l’étranger

Les autorités camerounaises étudient l’émission d’obligations dites diaspora bonds pour capter une fraction de cette épargne. Le rapport suggère aussi un rôle central pour la BEAC, qui pourrait élargir l’accès aux comptes bancaires en FCFA aux ressortissants de la CEMAC vivant à l’étranger, une manière d’intégrer pleinement la diaspora au système financier régional.

Un précédent existe déjà dans la zone voisine. En mars 2026, la BCEAO a ouvert l’accès aux comptes en francs CFA aux ressortissants de l’UEMOA résidant à l’étranger, avec pour objectif explicite de canaliser des transferts jusque-là dispersés dans des circuits internationaux vers des dépôts bancaires stables. Pour la CEMAC, la question n’est plus de savoir si une réforme équivalente est possible, mais quand la BEAC franchira ce pas déjà testé chez son homologue ouest-africain.

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