
La radio et la télévision restent les sources d’info préférées des Maliens, mais TikTok vient de se glisser à la troisième place, selon la dernière édition de l’enquête d’opinion «Mali-Mètre» de la Friedrich-Ebert-Stiftung. Derrière cette bascule se cache une fracture générationnelle nette sur la désinformation, dans un pays où l’essor des réseaux sociaux avance bien plus vite que la connexion elle-même.
Le nouveau podium de l’info
Dans les onze capitales régionales enquêtées, la radio arrive en tête avec 27,3% des réponses, suivie de la télévision à 21,7%. TikTok se classe juste derrière avec 19,7%, devant le bouche à oreille familial, Facebook et les sites internet. Fait notable, TikTok pèse à lui seul davantage que Facebook et WhatsApp cumulés, alors même que ces deux applications sont installées depuis bien plus longtemps sur les téléphones maliens.
Une désinformation qui frappe surtout la jeunesse
Sur l’année écoulée, un Malien sur cinq admet avoir cru ou partagé une information qui s’est révélée fausse. Cette moyenne cache un net écart selon l’âge, le taux grimpe à 29,8% chez les 18-24 ans, contre 19,9% chez les 25-35 ans, 13,3% chez les 36-55 ans et seulement 10,2% chez les 56 ans et plus. La classe d’âge la plus consommatrice de TikTok est donc aussi la plus exposée aux fausses informations, un rapprochement que l’enquête ne fait pas explicitement mais que ses propres chiffres dessinent d’eux-mêmes.
Un terrain numérique étroit, mais qui s’élargit vite
Ce basculement se joue pourtant sur une base démographique restreinte. Les données de l’institut Kepios pour DataReportal recensaient 2,40 millions d’identités actives sur les réseaux sociaux au Mali fin 2025, soit 9,5% de la population totale, quand 8,91 millions de Maliens utilisaient internet, un taux de pénétration de 35,1%. Autrement dit, près de deux Maliens sur trois n’ont encore aucun accès au web.
Ce socle reste néanmoins le segment qui grossit le plus vite du paysage numérique national, les identités sur les réseaux sociaux ont bondi de 17,1% en un an, contre une progression de seulement 2,9% pour les internautes dans leur ensemble, soit près de six fois plus vite. La pyramide des âges joue en faveur de cette dynamique, l’âge médian de la population malienne est de 15,7 ans, une jeunesse déjà née dans l’ère du smartphone et appelée à se connecter en masse dans les années qui viennent.
L’accès reste par ailleurs très genré. Les données publicitaires de Facebook au Mali affichent une audience adulte composée à 75,3% d’hommes contre 24,7% de femmes, un déséquilibre que confirme à sa façon le Mali-Mètre lui-même, les hommes se déclarent deux fois plus informés que les femmes sur la réforme du secteur de la sécurité (38,7% contre 18,9%).
Le pari qui s’ouvre pour les médias et les marques
Pour les rédactions et les annonceurs présents au Mali, la fenêtre d’action est encore courte. La base d’utilisateurs de TikTok reste minoritaire à l’échelle du pays, mais elle progresse bien plus vite que l’accès à internet dans son ensemble, et elle concentre déjà le public le plus jeune et le plus exposé aux fausses informations. Miser uniquement sur la radio et la télévision reviendrait à ignorer la partie de l’audience malienne appelée à grandir le plus vite dans les prochaines années.
