Burkina Faso : En 3 ans, le fonds patriotique a collecté 497 milliards de FCFA pour financer la lutte contre le terrorisme

Monument martyr Ouaga

Depuis sa création en 2023, le Fonds de soutien patriotique burkinabè a dépassé chacun de ses objectifs annuels de collecte, jusqu’à afficher un taux de réalisation de 124 % sur trois ans. Présenté par les autorités comme un acte de foi collective et un pilier de la reconquête territoriale, le mécanisme a mobilisé près d’un milliard de dollars en trois ans. Sa structure de financement, une fois détaillée, mérite d’être posée à côté de la communication officielle sur le dispositif.

Un fonds qui bat ses propres objectifs, année après année

Instauré en 2023 pour financer la lutte contre le terrorisme et l’équipement des forces combattantes, le Fonds de soutien patriotique (FSP) a mobilisé 496,97 milliards de FCFA entre 2023 et 2025, largement au-dessus de sa prévision initiale, soit un taux de réalisation de 124 %. La dynamique ne faiblit pas en 2026, avec déjà 162 milliards de FCFA mobilisés au seul premier semestre.

D’où vient vraiment l’argent collecté

La communication officielle met en avant l’élan des Burkinabè de l’intérieur comme de la diaspora. Les chiffres du premier trimestre 2026 apportent un éclairage complémentaire. Les retenues obligatoires sur les salaires des agents de la fonction publique représentent à elles seules 24,94 % du total collecté sur la période, contre seulement 1,75 % pour le secteur privé. Les contributions volontaires des citoyens, celles qui donnent au dispositif sa dimension patriotique, en complètent une part plus modeste. Le fonds combine donc prélèvement obligatoire et mobilisation citoyenne, dans des proportions que le récit public détaille rarement.

À quoi sert vraiment cet argent

Sur les 496,97 milliards collectés, les dépenses cumulées atteignent déjà 390 milliards de FCFA, principalement affectés au fonctionnement des Volontaires pour la défense de la patrie, à leurs primes, à leur alimentation, à leurs soins de santé et à leur équipement. Le fonds finance donc très concrètement un effort de guerre, ce qui n’a rien d’anecdotique dans un pays toujours confronté à une insurrection djihadiste active.

Un instrument budgétaire qui cherche encore ses gardiens

Consciente de l’importance de la confiance citoyenne pour la suite du dispositif, la gouvernance du fonds vient d’accueillir quatre nouveaux membres issus de la société civile, dont un centre spécialisé dans le suivi budgétaire et une coordination d’associations de veille citoyenne, pour renforcer la transparence de sa gestion. Solidarité nationale et prélèvement obligatoire ne s’excluent pas nécessairement, la question est surtout de savoir si la communication publique gagnerait à assumer plus clairement cet équilibre.

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