Côte d’Ivoire: pourquoi un produit fabriqué sur place coûte souvent plus cher que l’importé

Entreprise Commerce Freepik

En Côte d’Ivoire, un produit fabriqué localement s’affiche souvent plus cher en rayon que son équivalent venu de l’étranger. Les données de la Société financière internationale, de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et de la Commission économique pour l’Afrique montrent que l’écart tient moins à la qualité qu’à ce que coûte chaque étape de fabrication, du crédit au rendement des ateliers en passant par le transport. La politique commerciale en réduit une partie sur les produits de base, mais sans le supprimer.

Le prix en rayon raconte toute la chaîne

Le prix d’un produit ne dit pas seulement ce que vaut le produit, il additionne ce que coûte chaque maillon qui l’a précédé, de l’emprunt qui a payé la machine au camion qui l’a livré. Un produit importé a souvent déjà absorbé ces coûts dans une usine plus grande, financée à meilleur prix et mieux reliée à ses fournisseurs. Un produit local paie chacun de ces maillons à l’échelle d’un atelier, et c’est cet écart de départ qui se retrouve sur l’étiquette. L’écart n’est pas systématique, mais il revient assez souvent pour mériter qu’on regarde d’où il vient.

Un crédit nettement plus cher qu’en Chine

Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine, le coût moyen du crédit bancaire s’établit à 6,69 % en 2025, selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Les micro, petites et moyennes entreprises paient davantage, avec 7,03 % contre 6,06 % pour les grandes. En Chine, le taux de référence des prêts à un an est de 3 %, inchangé depuis 16 mois en septembre 2026. Les deux mesures ne se comparent pas à la virgule près, mais l’ordre de grandeur est net, puisqu’un industriel ouest-africain emprunte à plus de deux fois le taux de référence chinois. Et beaucoup n’empruntent pas du tout, puisque moins de 20 % des petites industries africaines déclarent avoir accès au crédit formel, selon la Commission économique pour l’Afrique.

Des ateliers qui produisent peu par travailleur

La Société financière internationale a mesuré en 2020 que la production médiane par travailleur d’une entreprise ivoirienne atteignait environ 2 331 dollars, soit à peu près le tiers du niveau observé au Sénégal. Ce chiffre porte sur l’ensemble des entreprises interrogées, pas sur l’industrie seule, mais il illustre le fond du problème. Quand un travailleur produit peu, le coût de chaque unité vendue grimpe, quel que soit le salaire versé. Le continent affiche le même retard, avec une industrie manufacturière qui pèse moins de 11 % de son produit intérieur brut, contre plus de 16 % dans le monde, selon la Commission économique pour l’Afrique.

L’énergie, un faux coupable

On accuse souvent l’électricité, mais la même institution la juge parmi les moins chères d’Afrique de l’Ouest. Les tarifs ont toutefois été relevés au 1er janvier 2024, avec une hausse de 15 % pour les abonnés en moyenne et haute tension et de 10 % pour les abonnés de 15 ampères et plus ainsi que les professionnels, tandis que les petits abonnés en 5 et 10 ampères n’étaient pas touchés. La facture énergétique pèse donc, mais elle n’explique pas à elle seule l’écart.

Un transport qui renchérit chaque tonne

Selon la même étude de 2020, le coût de livraison d’un conteneur à Abidjan figure parmi les plus élevés du monde, et 85 % des camions ont plus de 10 ans, ce qui pèse sur la rentabilité des transporteurs. Le problème dépasse les frontières ivoiriennes, car la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce a affirmé en novembre 2025 qu’il coûte 20 % de plus de commercer entre pays africains qu’avec le reste du monde. Pour un fabricant, cela veut dire que la matière première arrive chère et que le produit fini repart cher.

Le riz, un marché encore très dépendant des importations

La Côte d’Ivoire a importé 1,62 million de tonnes de riz en 2024, pour une facture de 609,6 milliards de francs CFA selon les douanes ivoiriennes, alors que la production locale de paddy approchait 2,3 millions de tonnes en 2024-2025 et que chaque habitant en consomme environ 84 kilos par an, d’après les estimations du département américain de l’Agriculture. Le pays produit beaucoup, mais il importe encore massivement l’un de ses aliments de base.

Pourquoi l’écart n’est pas plus large

Pour réduire la différence sur les produits de base, la politique commerciale joue sur deux leviers. Les produits alimentaires de consommation sont généralement taxés à l’entrée entre 20 et 35 % dans le cadre du tarif extérieur commun, et des prix d’importation minimums s’appliquent au riz brisé, à l’huile de cuisine, au sucre, au concentré de tomate et au lait, afin de décourager les prix cassés, d’après le guide commercial du gouvernement américain. Ces garde-fous resserrent l’écart sans le supprimer, puisqu’ils ne changent rien au coût du crédit, du transport ou du rendement des ateliers.

Ce que cela change au moment de payer

Un prix local plus élevé ne s’explique donc pas seulement par la qualité ou la marge, mais aussi par le cumul de coûts que l’on retrouve de la banque au port. Les pistes sont connues, avec un crédit plus accessible pour les petites industries, de meilleures routes et de meilleurs camions, un commerce plus fluide entre pays africains. Tant qu’elles n’avancent pas, le produit importé gardera souvent un avantage de départ sur le produit local.

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