Côte d’Ivoire : Murphy Oil confirme sa découverte en mer après deux forages ratés

Petrole exploration

Le 12 octobre 2026, le groupe pétrolier américain Murphy Oil a annoncé que Bubale West-1X, un puits foré pour mesurer l’ampleur de sa découverte baptisée Bubale, avait rencontré 27 mètres d’épaisseur nette de pétrole au large de la Côte d’Ivoire, moins de quatre mois après l’annonce de cette découverte. Le résultat fait suite à deux puits non commerciaux en début d’année et provient d’un bloc voisin de celui où le gisement avait été trouvé, ce qui change la lecture de sa géographie. Entre appréciation, plan de développement et décision d’investissement, le chemin vers un premier baril reste long.

Ce que le puits a rencontré

Le puits a atteint une profondeur totale mesurée d’environ 5 900 mètres, sous 2 755 mètres d’eau, et a traversé 27 mètres d’épaisseur nette de pétrole dans le réservoir turonien, c’est-à-dire la hauteur de roche réellement imprégnée d’huile. Des hydrocarbures ont aussi été identifiés dans le réservoir albien, plus profond. Les premières mesures réalisées dans le puits et l’analyse des échantillons de fluides évoquent un pétrole de haute qualité, et Murphy intégrera ces données au reste du programme d’appréciation.

À titre de comparaison, le puits de découverte, annoncé le 22 juin 2026, avait relevé 30 mètres d’épaisseur nette cumulés sur deux réservoirs. Retrouver 27 mètres dans le seul réservoir turonien est un signal encourageant, même si l’épaisseur n’est qu’un paramètre parmi d’autres, avec la porosité, la perméabilité et l’étendue du réservoir, que seuls des tests et de nouveaux puits permettront de trancher. Murphy n’a pas publié, à ce stade, de nouvelle estimation de volumes.

Un gisement qui enjambe deux blocs

La découverte se situe sur le bloc CI-709, à environ 64 kilomètres des côtes, sous 2 376 mètres d’eau, où Murphy détient 90 % et la société nationale PETROCI 10 %. Le puits d’appréciation, lui, a été foré dans le bloc CI-103, à environ 13 kilomètres du puits de découverte, où les participations sont de 85 % pour Murphy et de 15 % pour PETROCI.

Qu’un gisement soit apprécié dans un autre permis que celui de sa découverte tend à indiquer que l’accumulation déborde la frontière administrative entre les deux blocs. La pratique courante consiste alors à mettre en commun les intérêts des deux permis dans un accord unique, pour répartir coûts et production selon la part de chacun. Avec des participations différentes d’un bloc à l’autre, ce sujet devra être traité si les prochains puits confirment la continuité du réservoir.

Une campagne qui s’est jouée au troisième puits

Murphy a signé ses cinq contrats de partage de production ivoiriens le 14 juin 2023, sur environ 1,5 million d’acres, soit près de 6 000 kilomètres carrés, dans le bassin du Tano, avec des participations de 85 à 90 %. Sa campagne d’exploration de trois puits a débuté par deux résultats non commerciaux, Civette-1X sur le bloc CI-502, annoncé le 19 janvier 2026, puis Caracal-1X sur le bloc CI-102, annoncé le 23 février 2026.

Avant forage, le groupe situait le potentiel brut de Bubale entre 340 et 850 millions de barils équivalent pétrole, ce qui en faisait le deuxième plus gros prospect de la campagne, derrière Civette (440 à 1 000 millions) et devant Caracal (150 à 360 millions). Cette fourchette, établie avant forage, demeure large.

Un calendrier qui se compte en années

Murphy prévoit jusqu’à cinq puits d’appréciation sur 18 à 24 mois, avec une enveloppe d’environ 190 millions de dollars pour Bubale en 2026, dont 100 millions de dépenses supplémentaires sur le puits de découverte et 90 millions pour Bubale West-1X, dont le forage a démarré en juillet 2026. Chaque puits doit orienter le suivant, ce qui laisse ouverte la taille finale du programme. Côté développement, le groupe étudie plusieurs schémas, d’un stockage flottant avec traitement ou de plateformes de têtes de puits jusqu’à une unité flottante de production, de stockage et de déchargement, neuve ou réaffectée.

Pour situer l’ordre de grandeur, Eni avait démarré la production de Baleine en août 2023, moins de deux ans après la découverte de septembre 2021, un rythme jugé rapide pour un champ en eau profonde. Pour Bubale, l’appréciation seule peut durer jusqu’à deux ans, ce qui renvoie toute décision de développement à la suite.

Ce que cela pèse dans la trajectoire ivoirienne

Après la baleine et le calao, le bestiaire pétrolier ivoirien compte désormais le bubale, une grande antilope des savanes d’Afrique. Le gisement arrive dans la foulée de Calao South, annoncé le 16 février 2026, et alors que Baleine entre dans sa phase finale. Eni et ses partenaires ont signé le 25 mai 2026 la décision finale d’investissement de la phase 3, qui doit porter la production de Baleine de 60 000 à 150 000 barils par jour.

L’objectif national de 200 000 barils par jour à l’horizon 2028 repose, selon les autorités, sur le développement de Baleine et de Calao. Bubale relève vraisemblablement d’un horizon plus lointain, avec une taille encore à établir.

Ce que diront les prochains puits

Trois éléments seront à suivre. Les résultats des puits d’appréciation restants diront si le réservoir tient sa promesse d’un bloc à l’autre. Une éventuelle nouvelle fourchette de ressources viendra remplacer l’estimation d’avant forage, et le schéma de développement retenu fixera le coût et le calendrier. Reste aussi à savoir si Murphy rapprochera Bubale de la découverte plus ancienne de Paon, située dans le même bloc CI-103 que le puits d’appréciation.

Un nom d’antilope de plus sur la carte, donc, mais encore loin d’un nom de champ en production.

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