
L’autorité régionale de la concurrence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a approuvé le 22 mai 2026 le rachat d’Uniwax, l’un des derniers fabricants de wax encore actifs dans la région, par le groupe cotonnier ivoirien Compagnie ivoirienne de coton (COIC). Dans sa décision, elle estime que les importations asiatiques représentent 80 à 85 % des volumes consommés sur le marché textile régional. Le tissu que l’on dit africain se fabrique donc surtout ailleurs.
Un procédé javanais, industrialisé aux Pays-Bas
Le wax dérive du batik, une technique de teinture à la cire née à Java. Les Néerlandais l’ont industrialisée à Helmond à partir de 1846, et le tissu est arrivé en Afrique de l’Ouest par la Côte-de-l’Or, l’actuel Ghana, selon une enquête publiée le 21 mars 2025. Le groupe Vlisco, qui réunit les marques Vlisco, Woodin, Uniwax et GTP, emploie 2 100 personnes, dont 530 aux Pays-Bas, et produit environ 70 millions de mètres de wax par an. La Côte d’Ivoire, le Nigeria et la République démocratique du Congo sont ses principaux marchés.
L’Asie, premier fournisseur en volume
Cette enquête avance que les marques chinoises détenaient environ 80 % du marché ivoirien en 2019, selon des estimations télévisées de l’époque, et que leurs prix seraient cinq à six fois plus bas que ceux du wax néerlandais. Selon un consultant, seulement 10 % environ du wax serait produit localement en Afrique.
La décision de la CEDEAO ne nomme pas la Chine et parle seulement d’« importations asiatiques ». Elle estime la part d’Uniwax à 10 à 12 % du marché textile ivoirien, pour un chiffre d’affaires régional d’environ 23,93 milliards de francs CFA. L’Europe pèse surtout par la marque Vlisco et, jusqu’à ce rachat, par la propriété de l’usine d’Abidjan, sans que sa part des volumes vendus soit chiffrée publiquement.
Uniwax passe de Vlisco à un cotonnier ivoirien
Installée à Yopougon, à Abidjan, depuis 1967 et cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), Uniwax a annoncé le 10 février 2026 la cession de 72,29 % de son capital, soit 15 millions de titres, par trois entités du groupe Vlisco à la COIC. Le prix n’a pas été communiqué. Le transfert a été confirmé par des déclarations de franchissement de seuil du 18 septembre 2026, et son dirigeant, Koné Daouda Soukpafolo, a indiqué vouloir prendre part directement à la gouvernance dans les douze mois.
L’autorité de concurrence a donné son accord sans condition, tout en demandant à ses services de surveiller l’effet de l’intégration verticale entre les deux groupes et la compétitivité des producteurs locaux face aux importations.
Des comptes qui se redressent à peine
Le premier semestre 2026 donne une photographie plus modeste que celle de l’an dernier. Le chiffre d’affaires a atteint 15,752 milliards de francs CFA, contre 15,711 milliards un an plus tôt, soit 0,3 % de plus. Le résultat d’exploitation est passé d’une perte de 314 millions à un bénéfice de 711 millions, tandis que le résultat net est retombé à 771 millions, contre 8,216 milliards au premier semestre 2025.
Cet écart tient à la vente du terrain industriel de Yopougon, qui avait porté les comptes de 2025. Placée ensuite en provision réglementée pour être réinvestie sous trois ans, cette plus-value a fait basculer l’exercice en perte nette de 624 millions, annoncée le 6 juillet 2026.
Du champ de coton au pagne, le maillon qui manque
Le pari de la COIC consiste à relier les deux bouts de la chaîne. En 2025-2026, la Côte d’Ivoire devrait produire 745 000 balles de fibre de coton et en exporter 735 000, selon le département américain de l’Agriculture, soit près de 99 % de la production. Le groupe veut contrôler la filière « des champs de coton jusqu’au produit fini », un modèle rare sur le continent.
Copies, prix et tissage, la bataille qui reste à gagner
La concurrence se joue aussi sur la contrefaçon. Le 5 mars 2026, le Comité national de lutte contre la contrefaçon a saisi 275 balles de pagnes frauduleux, d’une valeur de plus de 137 millions de francs CFA, sur un véhicule venu du Togo et attendu à Adjamé, à Abidjan. Le problème n’est pas neuf, puisqu’Uniwax avait déjà réduit sa production de moitié en 2004 face aux copies, selon un article de 2009.
Un autre pagne suit une logique différente. Le pagne baoulé, tissu traditionnel ivoirien, bénéficie depuis 2023 d’une indication géographique protégée. Reste à voir si une usine d’Abidjan aux mains d’un cotonnier ivoirien peut reprendre des parts à des importations vendues bien moins cher.
