SIFCA, comment un groupe ivoirien du palmier et de l’hévéa s’est étendu au Ghana, au Nigeria et au Liberia

Vue aérienne d’une plantation de palmiers à huile aux rangs réguliers

Fondé à Abidjan en 1964, SIFCA exploite aujourd’hui des plantations dans quatre pays africains, et trois de ses filiales publient leurs comptes à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Premier employeur privé de Côte d’Ivoire, le groupe y cultive le palmier à huile, l’hévéa et la canne à sucre. Son parcours montre comment le caoutchouc a ouvert la route de l’extérieur, avant que le palmier ne suive.

Une société de 1964 recentrée sur trois cultures

SIFCA naît à Abidjan en 1964 comme entreprise familiale, d’abord tournée vers le café, le cacao et le riz. Le tournant date de 1997, quand le groupe se spécialise dans les oléagineux et le sucre avec Palmci pour le palmier à huile et Sucrivoire pour la canne. Deux ans plus tard, en 1999, il entre dans le caoutchouc naturel avec la Société africaine de plantations d’hévéas (SAPH), sa filiale ivoirienne, et une holding dédiée, SIPH, qui consolide ses activités dans l’hévéa.

Cette spécialisation en trois cultures dessine encore la carte du groupe. Le palmier et l’hévéa ont franchi les frontières, alors que le sucre reste produit en Côte d’Ivoire, à Borotou et à Zuénoula.

L’hévéa ouvre la route du Ghana, du Nigeria et du Liberia

Le caoutchouc sert de passeport. Dès 1999, le groupe compte au Ghana la société Ghana Rubber Estates, qui exploite environ 11 000 hectares de plantations industrielles. Le Nigeria suit en 2006 avec Rubber Estates Nigeria, puis le Liberia en 2008 avec la société CRC, rattachée à SIPH. Le palmier à huile franchit à son tour la frontière en 2011, avec Maryland Oil Palm Plantation (MOPP), toujours au Liberia.

Cette expansion s’appuie sur un actionnaire venu d’Asie. En novembre 2007, Nauvu, coentreprise à parts égales de Wilmar et d’Olam, deux groupes agro-industriels basés à Singapour, a annoncé l’acquisition de 25 % du capital de SIFCA, avec l’objectif d’investir dans le palmier et l’hévéa en Afrique.

Au Liberia, la plantation de MOPP a fait l’objet en février 2023 d’un rapport des Amis de la Terre qui mettait en cause des salaires jugés insuffisants et une pollution de cours d’eau, ainsi que des tensions avec des villages voisins. Wilmar a répondu que plusieurs litiges fonciers étaient antérieurs à l’acquisition de la plantation par MOPP, que les employés y sont payés au-dessus du marché et que ses visites sur place n’avaient pas relevé de pollution.

Premier employeur privé, porté par les planteurs villageois

Le groupe compte aujourd’hui environ 33 000 collaborateurs, 13 filiales et 22 usines, dont 18 en Côte d’Ivoire, ainsi que 122 600 planteurs villageois. Ces planteurs indépendants pèsent lourd dans l’édifice. En 2021, leurs 441 900 hectares dépassaient largement les 105 300 hectares de plantations industrielles du groupe, et ils fournissaient plus de 75 % de la matière première transformée.

La même année, SIFCA a produit 332 342 tonnes d’huile de palme brute, 77 310 tonnes de caoutchouc et 93 838 tonnes de sucre pour la campagne 2020-2021. Le groupe a rejoint officiellement le Pacte mondial des Nations unies le 22 janvier 2026, après avoir placé les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance au cœur de sa stratégie depuis 2007.

Trois filiales cotées, trois trajectoires

La SAPH, Palmci et Sucrivoire sont cotées à la BRVM, et leurs comptes 2025 montrent des années très différentes. La SAPH a réalisé 340,83 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, en hausse de 22 %, pour un bénéfice net de 24,97 milliards, en progression de 33 %. Palmci a vu ses ventes grimper de près de 15 %, à 197,6 milliards, mais son bénéfice net a légèrement reculé, de 15,9 à 15,5 milliards, car ses achats de matières premières ont augmenté de plus de 50 %.

Sucrivoire a enregistré 80,6 milliards de FCFA de ventes, en baisse de 8 %, et une perte nette de 7,95 milliards contre un bénéfice de 2,47 milliards en 2024, sous l’effet de charges financières accrues après de nouveaux emprunts à long terme.

L’année 2026 rebat les cartes. Le caoutchouc, matière première très cyclique, a changé de cap, et au premier semestre le chiffre d’affaires de la SAPH a reculé de 19 %, à 138,17 milliards, tandis que son bénéfice net est tombé de 18,125 à 2,206 milliards, avec des volumes vendus en baisse d’environ 10 % et un prix moyen inférieur d’environ 12 %. Palmci a vu son bénéfice net du premier trimestre passer de 11,56 à 1,59 milliard, avec des ventes en baisse de 27 %, à 49,4 milliards, un repli que la direction attribue à un décalage de ventes locales, un stock de produits finis étant écoulé à l’export depuis avril 2026, et elle prévoit un bénéfice 2026 proche de celui de 2025. Sucrivoire, à l’inverse, affiche un bénéfice net du premier trimestre en hausse de 36 %, à 4,35 milliards, malgré des ventes en recul de 7 %.

Au-delà des plantations, l’énergie et le Japon

Le groupe cherche aussi de nouveaux débouchés pour ses résidus de culture. À Aboisso, à une centaine de kilomètres à l’est d’Abidjan, la centrale à biomasse Biovea, d’une puissance de 46 mégawatts, a vu sa première pierre posée en juillet 2023 par EDF (40 %), Meridiam (36 %) et SIFCA (24 %), avec environ 520 000 tonnes de résidus de palmier fournies par Palmci.

Du 24 au 26 septembre 2026, SIFCA a par ailleurs réuni à Abidjan une vingtaine d’entreprises japonaises lors des « SIFCA Days by JETRO », organisés avec l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO), pour explorer l’agriculture de précision, la mécanisation, la logistique et le numérique. Le caoutchouc, qui a servi de passeport vers le Ghana, le Nigeria et le Liberia, est aussi la culture dont les cours pèsent sur les résultats de 2026, pendant que l’énergie et les partenariats industriels ouvrent d’autres perspectives au groupe.

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