
Au 31 mars 2026, l’État ivoirien devait 34 882,3 milliards de FCFA, soit 56 % de la richesse que le pays produit en un an. Le 24 juin 2026, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont ramené son risque de surendettement de « modéré » à « faible », et des investisseurs étrangers lui prêtent désormais à des taux record. Le vrai point de vigilance tient moins au montant qu’à la part des recettes que la dette absorbe chaque année.
Une dette qui cesse de grossir plus vite que l’économie
La richesse produite en un an, le produit intérieur brut (PIB), sert de mètre étalon. Fin 2025, la dette de l’administration centrale en représentait 57,1 %, contre 59,5 % un an plus tôt, soit la première baisse du ratio depuis plus de dix ans. Le montant a pourtant augmenté de 1 752 milliards de FCFA sur l’année, mais la richesse nationale a progressé plus vite encore, avec une croissance de 6,5 %. Le FMI prévoit 57,2 % en 2026 puis 56,4 % en 2027, très loin du plafond de 70 % que s’est fixé l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Des prêteurs patients et peu exigeants
Au 31 mars 2026, 62,3 % de la dette était due à des créanciers étrangers et 52,7 % libellée en devises, avec une part importante en euros, monnaie à laquelle le franc CFA est arrimé. Le taux moyen ressort à 5 %, 89,8 % de la dette porte un taux fixe et l’échéance moyenne est de 7,2 ans. Concrètement, une hausse des taux dans le monde ne renchérit pas l’essentiel de la facture, et la grande masse n’arrive pas à échéance demain.
Le 18 février 2026, un emprunt international de 1,3 milliard de dollars sur 15 ans a été placé à 5,39 % après couverture du risque de change, un taux inédit en Afrique subsaharienne depuis cinq ans, avec des offres près de cinq fois supérieures au montant recherché. Les agences de notation suivent, avec Ba2 chez Moody’s le 13 mars 2026 et BB chez Fitch, maintenue en juin 2026, soit deux crans sous la catégorie « investissement ». Au Sénégal voisin, Moody’s a ramené la note à Caa2 le 28 août 2026, six crans plus bas que la Côte d’Ivoire.
Là où le bât blesse
Le budget 2026 prévoit 1 757,9 milliards de FCFA d’intérêts pour 8 193,8 milliards de recettes fiscales, soit environ 21 francs sur chaque tranche de 100 francs d’impôts et de taxes. En ajoutant le remboursement du capital, 4 916,2 milliards, le service de la dette atteint 6 674,1 milliards, soit 38,5 % du budget. Une grande partie des anciens prêts est donc remboursée avec de nouveaux emprunts, l’État prévoyant d’en lever environ 7 000 milliards en 2026, dont 4 191 milliards sur le marché régional, où la dette intérieure a une durée de vie moyenne de 4,1 ans seulement. Ce mécanisme tient tant que les prêteurs répondent présents.
Le point faible se trouve du côté des recettes, qui représentent 16,8 % du PIB en 2025. Avec une dette de 57,1 % du PIB, l’État doit donc plus de trois années entières de recettes.
Ce qui pourrait changer la réponse
Le déficit, l’écart entre ce que l’État dépense et ce qu’il encaisse, est tombé à 3 % du PIB en 2025, puis a été relâché volontairement à 3,8 % en 2026 pour amortir les chocs liés à la guerre au Moyen-Orient, notamment sur le pétrole et les recettes du cacao. Le projet de budget 2027 vise 3,5 %, avec un retour à 3 % programmé en 2028, et suppose une croissance de 6,6 %. Tant que l’État dépense plus qu’il n’encaisse, la dette grossit en valeur, et seule une croissance forte maintient son poids dans l’économie. En cas de ralentissement, le ratio remonterait.
L’État garantit aussi des emprunts d’entreprises publiques, mais l’encours reste minime, 215,5 milliards de FCFA, soit 0,3 % du PIB, dont 121,3 milliards pour CI-Energies.
Trois conditions pour que le verdict tienne
Pour l’instant, la réponse est non, la dette ivoirienne ne fait pas peur, mais elle ne pardonne pas les faux pas. Il faut que la croissance reste proche de 6 %, que le déficit revienne à 3 % en 2028 et que les recettes grimpent plus vite que les intérêts. Si l’une des trois cale, le calcul changera, et le budget 2027, aujourd’hui entre les mains du Parlement, donnera le premier indice.
